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9 fausses croyances en matière d’éducation

crédit : Istockphoto

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Science exacte pour les uns, royaume de la subjectivité pour les autres, l’éducation des enfants charrie de nombreux mythes. Nous avons demandé à neuf spécialistes de l’organisme Éducation-Coup-de-fil de nous aider à en déboulonner quelques-uns.

1- Vous ne devriez jamais avoir à répéter une consigne
«Il faut se souvenir d’une chose, souligne Marlène Asselin, psychologue: quand les enfants s’amusent, ils sont souvent très absorbés, ils peuvent facilement oublier ce qu’on vient de leur dire parce qu’ils sont pris dans leurs jeux, perdus dans leurs pensées. On s’imagine qu’ils n’écoutent pas mais, souvent, ils n’entendent pas! Dans ces cas-là, il peut être nécessaire de répéter deux, voire trois fois. Cela dit, quand un parent se plaint que son enfant de 7 ans n’écoute jamais, je soupçonne qu’une certaine habitude s’est installée. Or, il n’y a pas de magie en éducation: il y a des habitudes à défaire. Il faut rectifier le tir, essayer de limiter les répétitions, mais aussi vérifier le ton de voix qu’on emploie. Souvent, l’enfant réagit beaucoup plus à notre ton qu’à la demande en soi. Certaines personnes crient dès la première demande. Pour un enfant, s’arrêter de jouer pour aller se brosser les dents exige un certain effort et, par définition, un effort n’est pas agréable. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’il obéisse au doigt et à l’œil, surtout si c’est un très jeune enfant. On essaiera donc de garder un ton chaleureux et gentil, ou, au pire, neutre. S’il n’obtempère pas, on ira le chercher. On joindra le geste à la parole.
Il est préférable d’éviter toute menace (“si tu n’y vas pas…”), ainsi que tout procès (“ça fait combien de fois que…”) – c’est inutile. Nous-mêmes, comme adultes, de tels arguments nous irritent. Enfin, quand on fait une demande, il faut être vigilant et assurer un suivi. Si nous répétons une consigne distraitement, tout en lisant notre journal et sans nous soucier qu’elle ait été bien comprise, il ne faut pas nous étonner que l’enfant ne nous prenne pas au sérieux.»

2- Vous devriez toujours récompenser votre enfant quand il agit bien
«S’il est parfois approprié de récompenser un enfant (pour un beau bulletin, par exemple), le faire chaque fois qu’il agit convenablement reviendrait à valoriser beaucoup trop un comportement qui devrait être perçu comme… normal, dit Doris Mailhot, travailleuse sociale. Souvenons-nous que l’enfant a un besoin énorme d’attention. Le plus important, quand votre enfant se comporte bien, n’est pas de le récompenser avec des friandises, de l’argent ou une babiole. Mais de lui donner une attention positive; soit par un contact physique (main dans les cheveux, geste affectueux), ou bien par des mots (“ta petite sœur est chanceuse d’avoir un grand frère comme toi pour s’occuper d’elle”). L’attention qu’on lui accorde, le temps qu’on passe avec lui, en exclusivité, sont des renforcements très puissants. Il est conseillé de souligner un bon comportement, donc, mais sans exagérer. Et d’insister sur les bons coups d’avantage que sur les mauvais.!»

3 – Une éducation trop stricte nuit au développement de l’enfant
«C’est évident, une éducation qui ne serait faite que de règles et d’interdits pourrait nuire à l’épanouissement de l’enfant, remarque Louise Pellerin, titulaire d’un baccalauréat en psychologie. L’enfant doit pouvoir exercer ne serait-ce qu’un petit contrôle sur sa vie, garder quelques zones qui lui appartiennent (le choix de ses vêtements, la décoration de sa chambre…). Cela dit, les enfants ont besoin de règles claires et constantes dans leur éducation. À tel point que s’ils en manquent, ils vont aller les chercher! Ils vont chercher la limite si on ne la leur donne pas. Comme ils n’ont pas encore acquis l’“auto-contrôle”, la présence de parents calmes et constants les rassure et les aide à savoir quand s’arrêter. Les règles sont des repères pour l’enfant, et c’est très sécurisant. Mais il a besoin d’entendre parler de points positifs. Pas uniquement des interdits. On peut choisir de donner la priorité à certaines règles – concernant la sécurité, la santé, le respect entre les membres de la famille, par exemple. Et de laisser à l’enfant une certaine liberté. Le tout est de trouver un juste milieu. Tout en gardant en tête que, même s’il est élevé dans une famille qui aurait établi de belles règles claires, un enfant qui ne serait pas entouré d’amour et de chaleur serait aussi brimé.»

4- Vous ne devriez jamais admettre vos torts devant vos enfants
«Un parent qui ne se permet pas d’avoir tort devant ses enfants est un parent qui veut donner l’image de la perfection, dit Nicole Laurendeau, détentrice d’un baccalauréat en service social. Or, le parent parfait, on le sait, n’existe pas, et c’est tant mieux! Qui a envie de vivre avec quelqu’un qui veut toujours avoir raison? Et comment montrer à ses enfants que l’on peut apprendre de ses expériences, si l’on refuse de se mettre en cause? Les parents qui sont prêts à admettre leurs torts vivent beaucoup moins de pression. Au lieu de se conformer au modèle rigide du parent qui ne se trompe jamais, ils se donnent la permission de modifier des décisions qui ont peut-être été prises trop vite, dans la contrariété, et de le faire sans se sentir coupables.
Être plus ouvert, prêt à s’ajuster, aide également à accepter les capacités réelles de l’enfant et à être davantage à l’écoute. Enfin, reconnaître ses torts, c’est faire en sorte que son enfant ait lui aussi le goût de coopérer.»

5- Si votre enfant agit mal, c’est de votre faute
«Les parents sont très sensibles aux regards désapprobateurs des autres. Quand notre enfant agit mal dans un lieu public et que les gens en présence nous fusillent du regard, à notre colère s’ajoutent la culpabilité et la honte. Il est important de se rappeler, note Lise Langlois, intervenante sociale, que l’enfant et le parent sont deux personnes physiquement distinctes! Est-ce que le parent peut, à distance, contrôler le bras de son enfant qui en tape un autre ou qui se prépare à lancer un objet dangereux? Est-ce qu’il peut contrôler les pensées et les paroles d’un enfant qui s’exprime dans un langage déplacé? Cela dit, si votre enfant s’est mal comporté à l’épicerie, par exemple, plutôt que de vous culpabiliser, profitez de l’occasion pour revenir sur ce qui a précédé l’événement. Est-ce que l’enfant était fatigué? Avait-il été trop longtemps assis dans son siège d’auto? Souvent, nous surestimons son côté raisonnable de l’enfant, peu importe son âge. Or, l’enfant est en apprentissage. Et nous aussi, comme parents! Rien ne s’apprend du jour au lendemain. L’enfant étant plus émotif et impulsif que raisonnable, il a besoin qu’on l’aide à prendre conscience de certaines choses, qu’on lui montre comment faire, mais pas dans la colère. Par ailleurs, il peut être réconfortant de penser que, autour de nous, il y a sans doute des gens qui ont vécu des épisodes semblables avec leur enfant, et qui comprennent notre malaise tout comme la difficulté de gérer une situation conflictuelle en public.»

6- Si vous cajolez trop votre enfant, il sera démuni devant les difficultés de la vie
«Cajoler son enfant lui procure un sentiment de réconfort et de sécurité affective qui ne peut que renforcer son estime de soi, croit Hélène Laperrière, psychoéducatrice. L’enfant en a besoin! Le problème survient quand on ne fait que cajoler l’enfant, en ne lui imposant aucune limite, ou qu’on le fait à des moments inappropriés. Si votre enfant vient de taper sa petite sœur et que le moyen utilisé pour le calmer est de le cajoler, il risque de ne pas apprendre à distinguer ce qui est bon de ce qui est mauvais. En fait il est important de comprendre la cause du problème pour avoir une intervention efficace. S’il s’agit de peines ou de peurs, il est précieux de mettre des mots sur les sentiments que vit l’enfant – car le fait de le cajoler n’a pour effet que de renforcer notre soutien et notre réconfort. Mais si l’enfant réagit par habitude ou pour attirer l’attention d’une façon négative, le fait de le cajoler renforcerait le comportement inadéquat: il est alors préférable de lui apprendre à demander autrement ce qu’il veut.

Cependant, les câlins devraient également aider à exprimer les sentiments, en plus des mots. Par exemple, si, à la garderie, un enfant pleure parce qu’il s’ennuie de sa mère, se limiter à le cajoler ne résoudra pas le problème de fond. Mais si l’on traduit en mots ce qu’il ressent (“toi, tu t’ennuies de ta maman, tu as hâte de rentrer à ta maison”, etc.), il se sentira compris. Les câlins qui sont l’expression physique de l’affection et du réconfort sont très importants. À condition qu’ils arrivent au bon moment…»

7- Vous ne devriez jamais avoir à élever la voix
«Élever la voix, monter le ton, se fâcher (à l’intérieur de certaines limites, bien entendu, et à certains moments, dans sa vie de parent), fait partie de la condition humaine, dit Joanne Trudel, détentrice d’une maîtrise en psychologie. Il y a même certaines circonstances où c’est adapté – en cas d’urgence, quand il s’agit de protéger l’enfant, ou s’il répète un comportement inacceptable, par exemple s’il frappe sa sœur. Si on a l’impression d’avoir trop haussé le ton, l’essentiel est de toujours s’expliquer par la suite. Avec des phrases très courtes, si l’enfant est petit (“j’étais très fâchée, j’ai eu une journée difficile, des frustrations, mais je n’aime pas quand tu tapes ta sœur”, etc.). Il faut revenir sur la situation et reconnaître que, même si l’enfant a des torts, il n’a pas à subir toute cette colère. On doit lui faire comprendre que oui, on avait des raisons d’être fâché, mais que ce n’est pas si grave. De plus, si l’on sent qu’on a perdu le contrôle, il est important de se demander ce qu’on pourrait faire, la prochaine fois, pour que cela ne se reproduise plus. Et quand vous sentez la moutarde vous monter au nez, pour éviter l’escalade, dites tout de suite à votre enfant que vous êtes très fâché et que vous allez vous calmer dans une autre pièce, tout en vous assurant, bien sûr, qu’il est en sécurité. Enfin, si vous vous rendez compte que vous élevez le ton régulièrement, que c’est devenu un mode de communication, il faudra peut-être vous questionner, ou aller chercher de l’aide.»

8- Tout se joue avant 6 ans
Au début des années 1970, un médecin américain, la Dre Louise Fitzhugh Dodson, faisait paraître un guide à l’usage des parents, intitulé Tout se joue avant 6 ans. Un titre choc, qui s’est immiscé dans l’imaginaire collectif au point de passer dans le langage courant. «Les parents sont pleins de bonne volonté, remarque Yolande Préfontaine, travailleuse sociale. Ils veulent vraiment aider leurs enfants et tout faire à la perfection. Mais de croire que tout se joue avant 6 ans encourage la surprotection, l’utopie de la perfection, et suscite beaucoup d’inquiétude.»

«On connaît aujourd’hui le phénomène de résilience, entre autres grâce aux publications de Boris Cyrulnik, poursuit-elle. On sait qu’il n’y a pas de situations irréversibles. Un enfant peut se remettre d’une épreuve, un parent aussi, avec de l’aide. Néanmoins, il est vrai que, pendant la petite enfance, la plasticité du cerveau est très importante, et que c’est une période idéale pour faire s’imprimer certains apprentissages. La confiance primaire, la sécurité affective de base, s’apprennent dès les premiers mois de la vie. Mais, semble-t-il, l’adolescence est aussi une période sensible où le cerveau peut connaître d’importants changements, notamment à cause des bouleversements hormonaux. De plus, les parents s’inquiètent énormément des comportements négatifs de leurs enfants en bas âge. Ils ont peur que ces comportements perdurent toute leur vie. Or, le comportement n’est pas l’enfant. Et il n’est jamais trop tard pour changer. Ce qui compte est de garder un regard confiant sur l’apprentissage de ses enfants. Il faut avoir foi en ses ressources tant qu’on est responsable d’eux. Se concentrer sur ce que l’enfant fait de bien, sur ce qu’il a de bon, et poser sur lui un regard d’amour. Ce regard-là, c’est comme un souffle qui peut rallumer des braises de résilience.»

9- Quoi que vous fassiez, vous n’éviterez pas la crise d’adolescence
«La seule chose qu’on ne pourra jamais éviter, dit Hélène Côté-Sharp, travailleuse sociale, c’est le passage de l’enfance à l’adolescence. Mais qui dit passage ne dit pas nécessairement crise majeure!
À l’adolescence, le jeune doit atteindre son indépendance émotionnelle, arriver à son autonomie et à l’affirmation de soi, apprendre à se distancier de ses parents. C’est tout un programme! C’est une période où les jeunes sont en redéfinition, et où la relation parent-enfant doit se rajuster.

Comme parent, on doit commencer à demander plutôt qu’à ordonner (“quand comptes-tu faire le ménage de ta chambre?” plutôt que “va faire le ménage de ta chambre!”). Parfois, les émotions prennent le dessus, il peut y avoir des conflits, mais ce n’est pas nécessairement la crise! Dans la grande majorité des cas, c’est une période qui se passe relativement bien. Surtout si, auparavant, il existait déjà une bonne relation de respect et de confiance.

Par contre, si les parents étaient déjà très sévères ou durs, il se peut que l’adolescent se rebelle ou ¾ pire ¾ se mette à tout faire en cachette pour tenter d’atteindre son indépendance émotionnelle.

L’adolescence est aussi une période où le jeune se questionne beaucoup. Les amis sont très importants. Notre enfant peut se comparer à ses pairs, voir comment les choses se passent dans d’autres familles qui ont, peut-être, d’autres valeurs que les nôtres. Dans ce cas, il ne faut surtout pas paniquer. Toujours sur le mode de la conversation, dans un esprit tolérant et ouvert, il est possible d’expliquer à cet enfant que nous, dans notre famille, nous pensons différemment. On l’écoute, on ne rejette pas ce qu’il dit, mais on essaie de le comprendre. Tout en lui réaffirmant qu’on l’aime, qu’il a le droit de se tromper et qu’on sera toujours là pour lui, on peut lui signifier qu’il y a des choses qu’on ne peut pas accepter, que la limite est là. Enfin, n’oublions pas que, quoi qu’il arrive, c’est nous, l’adulte. Nous sommes celui qui devrait être capable de rétablir la relation s’il y a des conflits. Il ne faut surtout pas abandonner notre rôle de superviseur.»

*Éducation-Coup-de-fil est un organisme sans but lucratif qui, depuis 25 ans, offre aux parents un service d’aide téléphonique anonyme et gratuit. 514 525-2573 ou 1-866-329-4223

Enfants Québec, mai-juin 2008

Commentaires

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3 commentaires

Patrick Dumont

Pourquoi à chaque commentaire vous devez associé la personne qui le mentionne et son titre? Vraiment pas besoin de justifier le titre de la personne lié à son commentaire …

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