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Quand bébé fait tanguer le couple

crédit: Istock

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Être bousculé par l’arrivée de bébé, c’est normal! Sauf que la «crise de l’après-naissance» n’en finit plus de séparer les jeunes parents. Voici des conseils de psys pour éviter le baby-clash.

 Par Nathalie Côté

Marie-Andrée était enceinte de quatre mois le jour de ses noces. Son amoureux et elle ont filé le parfait bonheur… jusqu’à la naissance de leur fille. Quand leur couple s’est brisé, leur poupon avait à peine 8 mois. Une désolante réalité que plusieurs parents partagent et que certains auteurs ont déjà baptisée le baby-clash.

Sur le chemin qui mène à cette rupture, de nombreux facteurs: fatigue, divergences d’opinion au sujet du rôle de chacun, mésententes sur les manières d’agir, insatisfaction sexuelle. Les sources de tension après la venue d’un bébé sont multiples, et certains couples n’y survivent pas. Pour Marie-Andrée, la situation était devenue intenable.

Son mari ne supportait pas ses nouvelles responsabilités comme père – ni les reproches qu’elle lui faisait à ce sujet. Il s’est jeté à corps perdu dans le travail et ne rentrait jamais avant 22 heures. La jeune femme a donc choisi de partir. C’est triste, mais c’est notre séparation qui l’a poussé à prendre sa place au­près de notre fille, constate-t-elle. C’est un très bon papa, maintenant.

Ça n’arrive qu’aux autres?
«Un couple sur cinq se sépare dans les quatre années qui suivent la naissance d’un enfant», indique Viola Polomeno, professeure à l’Université d’Ottawa et spé­cialiste de la sexopérinatalité. Les séparations sont plus nombreuses qu’autrefois. Mais la «crise de l’après naissance» n’est pas en soi un phénomène nouveau. Tamarha Pierce, professeure en psychologie à l’Université Laval, rapporte avoir lu un article de 1957 qui expliquait comment le passage à la parentalité conduisait le couple à une crise. «Le discours était un peu provocateur, dit-elle, mais son objectif était déjà de briser l’image du jeune ménage où tout est rose et parfait!»

Robert, un papa de 34 ans de la région de Québec, souhaitait ardemment s’impliquer auprès de sa conjointe et de leur bébé. Peut-être trop. «Je ne voulais à aucun prix que ma blonde ait de la misère, raconte-t-il. Je me levais la nuit quand elle allaitait – pour moi, c’était un peu comme si nous étions deux à donner le sein. Nous étions donc l’un et l’autre très fatigués et, dans ces cas-là, on a tendance à prendre des raccourcis pour s’exprimer. Ce qui a entraîné des chicanes. On ne se reconnaissait plus, on ne s’était jamais disputés comme ça auparavant.»

Pour Caroline, qui a également 34 ans et est originaire de l’Abitibi, passer du statut de jeune professionnelle avec une vie sociale bien remplie à celui de mère au foyer a été tout un choc. «Au départ, j’ai fusionné avec ma fille et j’ai exclu mon conjoint, admet-elle. Je ne lui demandais rien parce que c’était plus simple de tout faire moi-même. Quand il est retourné travailler, je le blâmais du fait que sa vie n’avait pas changé, alors que la mienne était complètement bouleversée. J’en venais à me dire: si c’est pour avoir tout le négatif, autant être seule.» Mais finalement, après moult discussions, son conjoint a ajusté son horaire pour passer plus de temps à la maison. Caroline lui a aussi laissé une place plus importante auprès de leur fille.

Situations à risque
Les couples qui étaient fragiles avant la naissance du bébé risquent de connaître davantage de difficultés – tout comme ceux qui reçoivent peu d’aide de leur entourage. Ceux qui mettent au monde un poupon difficile, malade ou handicapé devront aussi s’attendre à de plus grandes perturbations. Mais aucun couple n’est véritablement à l’abri. L’arrivée d’un enfant révèle parfois de sérieuses divergences entre les parents quant aux valeurs et aux principes d’éducation, et peut même faire ressortir une incompatibilité de personnalités. Par exemple, un conjoint «insécure» pourrait se montrer incapable de partager l’amour de sa conjointe avec un nouveau venu, aussi précieux soit-il – une situation plus fréquente qu’on ne le croit, confirme un thérapeute de couple.

La vie sexuelle – ou plutôt son absence – serait aussi une source de frustration pour bien des nouveaux parents. «Après l’accouchement, il nous a fallu plusieurs mois avant de recommencer à avoir des relations sexuelles», nous confie Caroline. L’épuisement avait eu raison de sa libido. Selon certaines études, neuf mois après la naissance de leur enfant, la flamme du désir ne s’est pas rallumée pour 35% des femmes. Même après un an, 1 couple sur 10 n’aurait pas encore refait l’amour. «Il ne faut pas oublier qu’en raison de la production d’hormones, une partie des besoins affectifs de la mère sont comblés par l’allaitement», souligne Viola Polomeno. D’autres fois, c’est l’homme qui tarde à retrouver le désir, par exemple lorsqu’il est resté traumatisé d’avoir assisté à l’accouchement.

Le baby-clash se limite-t-il à l’arrivée du premier bébé? Pas toujours. Même si c’est généralement lors de cet événement-là que le choc est le plus intense, les parents ne sont pas forcément immunisés contre les suivants. Les défis habituels de la vie – les soins à apporter à un proche malade aussi bien qu’une promotion professionnelle qui réclame de la disponibilité, ou au contraire la perte d’un emploi – prennent également une tout autre dimension lorsque des frères et sœurs viennent agrandir la famille, et d’autres tensions peuvent alors s’installer.

Prévenir et voir venir
Les parents mettent en moyenne deux ans à s’adapter à leur nouvelle vie, ainsi que le note Tamarha Pierce. Voici quelques clés pour traverser cette période sereinement.

Faire le point régulièrement.
Un petit bilan chaque semaine permet aux deux partenaires de parler de leur ressenti et de leurs besoins respectifs, tel que le suggère Nadia Gagnier, psychologue. Cette pratique évite l’accumulation de frustrations, aide à se comprendre et contribue à dissiper les malentendus. Elle donne aussi une occasion idéale pour saluer les bons coups de l’autre.

Miser sur les forces et les in­térêts de chacun.
Maman préfère s’occuper du bain, et papa, des purées? Parfait! Chacun d’eux n’a pas à faire la moitié de chaque tâche. Tamarha Pierce insiste: ce sont justement les différences qui permettent la complémentarité dans le couple.

Laisser l’autre prendre de l’expérience.
«Certaines mères ont tendance à corriger constamment leur conjoint, déplore par ailleurs Mme Pierce. Ou à penser que, pour le bien de l’enfant, il est préférable que ce soient elles qui exécutent certaines besognes.  Or, en agissant ainsi, elles découragent le père de s’impliquer.»

S’accorder de (nombreux) petits moments.
Il n’est pas toujours facile de s’organiser pour passer de longues heures d’affilée seul ou en couple. Mieux vaut se contenter de petites pauses, et continuer d’exprimer son amour quotidiennement à son conjoint: un geste tendre par-ci, un souper à deux par-là – plutôt que d’attendre la grande fin de semaine en amoureux qui tardera sûrement à venir. «Le couple devrait aussi profiter de ces instants pour s’entretenir d’autres sujets que celui des enfants», conseille Nadia Gagnier.

Faire de l’exercice.

Les bienfaits de l’activité physique, tant sur le corps que sur l’esprit, ne sont plus à démontrer: celle-ci relâche les tensions, augmente l’estime de soi et – c’est également prouvé – ranime souvent le désir par le bien-être qu’elle procure. Alors, bougeons… en solo, en couple ou en famille!

Accepter l’aide de l’entourage.
«Refuser les mains tendues est une erreur», affirme Louis Mignault, psychologue et psychothérapeute. Les organismes communautaires qui offrent un «service de relevailles» et des consultations sont nombreux et, presque toujours, quelques rencontres suffisent. «Discuter en présence d’une personne neutre, dans un contexte différent, est très efficace, assure Louis Mignault. Le psychologue reformulera certains éléments afin que chacun comprenne le point de vue de l’autre.» Idéalement, on fera appel à ces ressources avant que la situation ne dégénère et que les blessures ne soient trop profondes. C’est ce que Mélissa et son conjoint ont fait, après la naissance de leur premier bébé. Peu après son retour au travail, la jeune maman avait littéralement craqué. «Je pleurais souvent et je sentais que le poids de la famille reposait principalement sur moi – surtout les nuits entrecoupées des pleurs de notre coco», raconte-t-elle. Son conjoint a donc proposé de recourir à une aide, celle d’une «coach de vie». «Il nous fallait quelqu’un qui nous accompagne dans l’action, dans le moment présent, sans fouiller nécessairement dans le passé. Cette coach est venue chez nous une fois par semaine le premier mois, puis toutes les deux semaines, et enfin une fois par mois. Nous la voyons encore de temps à autre, seuls ou en couple», précise-t-elle. Aujourd’hui, leur deuxième enfant a 1 an et sa famille a trouvé le parfait équilibre. «Un couple, c’est une équipe à laquelle on ajoute des joueurs en devenant parents. Une équipe, ça travaille ensemble, mais ça peut aussi avoir besoin de support pour peaufiner ses stratégies… pour rester gagnante!»

À lire

  • Le baby-clash: le couple à l’épreuve de l’enfant, de Bernard Geberowicz et Colette Barroux, éditions Albin Michel. Cet ouvrage permet aux parents et aux futurs parents de comprendre les défis à venir et de découvrir des trucs pour les relever ensemble.
  • La jouissance, de Florian Zeller, éditions Gallimard. À travers l’histoire de Pauline et Nicolas, ce roman propose une réflexion mi-sérieuse mi-amusante sur les difficultés et la séparation d’un couple de nouveaux parents.

Source: Enfants Québec, novembre 2013

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