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Un accouchement tranquille, c’est possible?

Matthieu Turgeon

Matthieu Turgeon

Nous entrons à l’hôpital, et je me sens un tantinet masochiste: je souhaite avoir une césarienne (c’est «nous» qui accouchons, maintenant, au 21e siècle). Je veux vivre cette expérience, même si elle a traumatisé plus d’un ami. J’aime les sensations fortes, contrairement à ma blonde.

Et puis, ne devrait-elle pas tenter un accouchement différent, sans douleur et rapide? Quoi qu’il en soit, la gynécologue a décidé de nous «provoquer», trois semaines avant la date prévue. À notre arrivée, elle nous donne donc le choix entre une induction mécanique et une induction chimique. Bizarrement, présentées ainsi, les deux me paraissent brutales. Mais puisque c’est le corps de ma douce moitié qui devra expulser notre enfant pas encore mûr, je lui laisse le plaisir de choisir elle-même son instrument de torture.

Elle opte pour la manière mécanique: le ballonnet. Lorsque la médecin explique qu’elle insérera une sonde légèrement gonflée dans le col de l’utérus pour le dilater en peu de temps, j’imagine que ce sera une petite balloune cerise. Lorsque ma blonde finit par expulser un ballon de la taille d’un gros citron, je comprends mieux la sensation qui la libère. Le travail entamé, nous sommes curieusement calmes et sereins. Ma blonde pense que le pire est derrière elle, et je ne veux pas saper son optimisme. J’ai l’esprit si paisible que je quitte l’hôpital et pars magasiner un jouet pour bébé no 2 ainsi que pour son frère. Une heure plus tard, je commence à angoisser. À mon retour, je vois bien dans les yeux de ma blonde qu’«il était temps que j’arrive».

Mon premier garçon de 3 ans est né dans ces lieux. Ce deuxième accouchement, c’est un peu comme la visite à un vieil ami afin de réécouter ensemble un bon film. J’en connais tous les recoins et les outils essentiels: la machine à café, les paniers remplis de couvertures chaudes et le distributeur à glaçons, dispositif que tout nouveau père doit repérer avant l’accouchement. Et je sais à quels moments je peux m’assoupir sans rien manquer des rebondissements et du climax final. Lorsqu’arrive l’aboutissement de cette longue journée, je reconsidère mon envie de césarienne. La gynécologue laisse flotter la possibilité que celle-ci s’impose, puisque bébé no 2 est mal positionné.

Soudainement, j’ai une envie énorme de normalité.

Un accouchement normal, avec une blonde juste assez tendue, sous péridurale, comme tout le monde, suivi d’un long vagissement de bébé, standard, à la sortie. «Ouiiin, whouaaaan, whouaaaaaaaann, ouiiiiinn!» Trois poussées plus tard, le cri puissant et mélodieux d’un nouveau-né remplit notre chambre. À l’écoute de cet enfant normal, alors que ma blonde est épuisée et qu’elle l’accueille dans «nos» bras, c’est avec l’œil embué que je lâche un gros «oufffff!». En effet, même si l’on repousse les moindres idées sombres à l’heure de l’accouchement, c’est toujours avec un soulagement immense qu’on découvre enfin le poupon attendu avec tous ses morceaux. Et lorsque le médecin dit: «Voilà! Un beau petit garçon en bonne santé», on y croit, et c’est tout ce qui compte.

Papa de deux petits garçons, l’un de 3 ans et l’autre de quelques mois, Matthieu est l’auteur du livre Pères poules et prodigieux enfants, pas vraiment! (éditions Stanké, 2013), coécrit avec Pascal Lachapelle.

Source: Enfants Québec, novembre 2013

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