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L’école à l’hôpital

Raphaël, 6 ans, dans sa chambre à Sainte-Justine. Il se porte mieux aujourd’hui. Crédit: Marie-Josée Legault

Raphaël, 6 ans, dans sa chambre à Sainte-Justine. Il se porte mieux aujourd’hui. Crédit: Marie-Josée Legault

Chaque année, entre 500 et 600 enfants hospitalisés poursuivent leur scolarisation grâce à un enseignant de la Commission scolaire de Montréal, qui leur fait la classe à l’hôpital. Une façon de conserver une certaine normalité dans leur vie chamboulée.

Par Nathalie Côté

Raphaël se sent fatigué. Il s’accroche pourtant à son travail de mathématiques. Dans son cahier, il doit relier chaque objet au solide correspondant. Annie Berthiaume, son enseignante, lui glisse un petit mot d’encouragement et lui promet un autocollant de dinosaure. Le petit garçon aimerait bien être dans sa vraie classe, dans sa vraie école, mais il est coincé dans sa chambre du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal. Installé sur son lit relevé, en position assise, il utilise en guise de pupitre la petite table à roulettes sur laquelle il prend aussi ses repas. À côté du lit, une machine veille sur ce jeune malade branché de partout, et l’empêche de quitter son lit pour aller s’amuser dans la salle de jeux avec les autres petits patients. Au fond de la pièce, une grande fenêtre donne sur l’arrière de l’hôpital. Un dimanche soir, trois semaines environ avant notre rencontre, l’univers de Raphaël, 6 ans, élève de 1re année, a basculé. Alors qu’on lui avait diagnostiqué une scarlatine doublée d’une otite, il a soudain éprouvé un mal de ventre et des difficultés respiratoires. Ses parents l’ont amené à l’Hôpital Honoré-Mercier, à Saint-Hyacinthe, mais rapidement l’enfant a été transféré à Sainte-Justine, où il a été admis aux soins intensifs. Les médecins ont découvert que le canal chargé de conduire le bon gras à son coeur fuyait, et que du liquide se déversait dans l’enveloppe de ses poumons. La cause de la fuite n’a toujours pas été décelée et les investigations se poursuivent.

Plus facile avec un enseignant
Chaque année, de 500 à 600 enfants bénéficient ainsi des services de L’école à l’hôpital de la CSDM, à raison d’une heure par jour, et selon le même calendrier que l’école régulière. Ils peuvent venir de partout au Québec, et même d’autres provinces. En tout, 18 orthopédagogues enseignent le français et les mathématiques à ces jeunes patients. «Certains élèves ont déjà des handicaps ou des troubles d’apprentissage, explique Pierre Dionne, directeur de L’école à l’hôpital de la CSDM. Cependant, même sans cela, une pathologie grave occasionne toujours des difficultés : la maladie elle-même, mais aussi la médication, le traitement et l’hospitalisation ont un impact sur leurs capacités d’apprentissage. Ce sont des cas plus complexes, et c’est pourquoi les enseignants sont des orthopédagogues.» Avant l’arrivée de l’enseignante, la mère de Raphaël avait essayé tant bien que mal de lui faire la classe. «Pour lui remonter le moral, je lui avais dit qu’il était chanceux d’avoir des vacances, raconte Chantal Fournier. Il m’avait répondu que non, qu’il voulait apprendre. Mais ce n’est pas évident quand c’est moi qui fais le professeur. Avec son enseignante, c’est beaucoup plus facile et je pense que sans ça, son moral ne serait pas aussi bon.» Sur le mur qui fait face à son lit, les cartes envoyées par ses camarades de classe ajoutent une touche de couleur joyeuse à la pièce.

Un service auxquel on a droit!
Les parents d’un enfant hospitalisé ignorent le plus souvent l’existence de ce service. L’obligation de scolariser les jeunes patients est pourtant inscrite dans la loi, et chaque fois qu’un enfant est hospitalisé depuis plus de 10 jours, le personnel médical en informe les enseignants de L’école à l’hôpital afin qu’ils le prennent en charge. Créée il y a une quarantaine d’années, L’école à l’hôpital de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) est la plus importante et la mieux organisée du Québec. Elle est présente dans les hôpitaux Sainte-Justine, de Montréal pour enfants, Sacré-Coeur, ainsi qu’au Centre de réadaptation Marie-Enfant et au CHSLD Marie-Rollet. Son service est également offert sur demande dans les hôpitaux montréalais Maisonneuve-Rosemont, général juif de Montréal et Royal Victoria – mais habituellement, les jeunes patients sont transférés dans les établissements pédiatriques pour les séjours plus longs. Ailleurs dans la province, des commissions scolaires ont quelques enseignants affectés à un hôpital, tandis que d’autres comptent sur des enseignants itinérants. Quels que soient les cas, le service repose sur une communication continue entre les hôpitaux et les autorités scolaires.

Une bulle de normalité
Pour les enfants et leur famille, cette heure d’école représente une bulle de normalité dans un quotidien bouleversé par la maladie ou les accidents. Hormis en pédopsychiatrie, où la fréquentation d’une petite classe à l’intérieur de l’hôpital selon un horaire déterminé fait partie du traitement,l es petits patients reçoivent leur enseignement individuellement. L’horaire varie en fonction de leur état de santé, de leurs examens médicaux et de la disponibilité de l’enseignant. Les élèves plus doués ou dont l’hospitalisation est relativement courte peuvent espérer réussir leur année malgré tout, mais ce n’est pas le cas de tous. «Évidemment, la santé de l’enfant passe avant tout, pour tout le monde, dit Mme Berthiaume, qui enseigne à Sainte-Justine depuis une dizaine d’années.

Mais je m’aperçois que plusieurs parents misent beaucoup sur la réussite scolaire. Ils se disent que leur enfant en a assez à vivre sans subir un échec en plus. Cependant, il n’est pas toujours possible de satisfaire leur souhait.»

Quand un enfant reçoit un diagnostic très lourd, l’école prend une signification bien différente. «La grammaire n’est plus la priorité, explique l’enseignante. Récemment, j’ai proposé à des parents de réaliser avec leur garçon de11 ans, que les médecins estiment condamné, un projet pédagogique sur un sujet qui le passionne. Ils l’ont beaucoup apprécié.» Pour eux, il est important que leur fils continue d’apprendre. «Pendant ce temps, il oublie sa maladie et il est beaucoup moins anxieux», ponctue Mme Berthiaume, l’émotion dans la gorge.

Tous pour un
Ce travail est éprouvant pour les enseignants. Sauf par les confidences des parents, Annie Berthiaume ne connaît rien de l’état de santé de ses jeunes élèves. Elle n’a pas accès à leur dossier médical. Un jour, elle a eu la surprise d’arriver dans la chambre d’un grand brûlé. «J’aurais préféré le savoir avant. J’avais le coeur qui voulait me sortir de la poitrine, je n’étais pas prête à affronter une telle souffrance», nous confie-t-elle. Malgré cela, la direction constate que les postes d’enseignant à l’hôpital sont très prisés. «Ces enfants-là m’apportent tellement! dit Mme Berthiaume. Ils sont résolument de bonne humeur, plus disposés à apprendre qu’on ne pourrait le croire. Ils ne se plaignent pas. Quand je vis des moments difficiles, je me ressaisis en pensant à tout ce qu’ils ont à vivre, eux. Mon objectif, c’est qu’ils aient du plaisir à apprendre à l’hôpital.» Un petit baume sur le coeur d’enfants qui en ont bien besoin.

Source: Enfants Québec, octobre 2013

Commentaires

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3 commentaires

Lucie Berthiaume

J’ai vraiment aimé votre chronique. Annie Berthiaume, étant ma nièce, dont je suis tellement fière. Je sais que ce travail est très exigeant émotionnellement et elle et ses collègues font que ces enfants se sentent comme les autres pendant une (1) heure.
Merci d’avoir publié ce sujet aussi touchant.

Nicole

J’ai énormément aimé votre témoignage d’enseignante à l’hôpital. Oui ce travail est exigeant, mais ces enfants ont tant à nous apprendre! Je suis enseignante et infirmière et votre témoignage me donne envie de rejoindre votre équipe et de pouvoir moi aussi contribuer à faire « une différence» dans la journée d’un enfant hospitalisé.

Eldora

Wow Manu, das ist echt ein super Foto.Bei uns hat es heute den ganzen Tag geregnet. Davon lasse ich mir die Laune aber nicht veseeirmn.LG Sabine

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