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Alimentation des bébés: les règles changent!

Crédit: istock

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L’introduction des aliments solides dans le menu du bébé est une source constante de questionnement pour les parents, car les recommandations changent vite. Voici de quoi y voir plus clair.
Par Julie Chaumont

Saviez-vous que la viande était le premier aliment recommandé pour les purées de bébé, avec les céréales, avant même les fruits et les légumes? La recommandation vient d’avoir un an. En septembre 2012, Santé Canada, conjointement avec la Société canadienne de pédiatrie, Les diététistes du Canada et le Comité canadien pour l’allaitement, conseillait effectivement «la viande, les substituts de la viande et les céréales enrichies de fer en tant que premiers aliments complémentaires» au lait.

Une première bouchée vers 6 mois, non vers 6 semaines!
En mars dernier, une étude publiée dans la revue Pediatrics révélait que 40% des parents américains faisaient consommer des aliments solides à leurs enfants avant l’âge de 4 mois, 9% d’entre eux admettant même en avoir donné à leur bébé de 4 semaines. Ce phénomène existe aussi au Québec, puisqu’une étude provinciale réalisée en 2005- 2006 établit qu’environ 20% des nourrissons reçoivent déjà des aliments solides à l’âge de 3 mois, voire plus tôt. Ce pourcentage grimpe à 60% pour ceux de 4 mois. Les mamans qui nourrissent leur bébé avec du lait commercial seraient plus susceptibles d’ajouter rapidement ces aliments aux repas de leur enfant. Cette tendance inquiète les professionnels de la santé: non seulement revient-elle à écourter la durée de l’allaitement et tous ses bénéfices – puisqu’elle provoque une réduction de la production de lait chez la mère –, mais l’introduction hâtive d’aliments solides augmente également les risques ultérieurs d’obésité, de diabète et de maladie coeliaque chez l’enfant.

«Idéalement, dit Hélène Lowell, les parents qui désirent passer à des aliments solides avant l’âge de 6 mois doivent s’assurer de la maturité de leur bébé sur le plan physiologique et développemental, selon les éléments suivants: un bon contrôle de la tête, la capacité de s’asseoir et de se pencher vers l’avant, celle d’indiquer qu’il a assez mangé en faisant “non” de la tête, et celle d’attraper des aliments et de les mettre dans sa bouche.» Un autre indice? Un bébé qui est prêt à manger porte souvent ses mains à sa bouche et essaie de les mâchouiller!

La viande d’abord, avec des épinards si possible!
Que s’est-il passé pour que la viande, qui auparavant était introduite après les céréales, les fruits et les légumes, quasiment en dernier, passe tout à coup avant tous les autres ? Les céréales enrichies en fer ne suffisaient-elles pas? Selon Hélène Lowell, nutritionniste de Santé Canada et membre du comité d’experts signataire de cette recommandation, cet avis n’est pas vraiment nouveau. «En 2004, lorsque nous nous sommes prononcés en faveur de l’allaitement exclusif jusqu’à 6 mois, explique-t-elle, c’était déjà en prônant l’introduction de la viande et de ses substituts dans le régime du bébé, en plus des céréales.» Pourtant, la dernière édition du populaire guide Mieux vivre avec son enfant, datant de 2013, propose d’ailleurs toujours la séquence, par ordre de priorité: céréales, légumes, fruits et viande! Environ 20% des nourrissons reçoivent déjà des aliments solides à l’âge de 3 mois, voire plus tôt. Quoi qu’il en soit, la motivation reste la même, en 2004 ou en 2013: les réserves en fer du bébé exclusivement allaité s’épuisent lorsque celui-ci atteint 6 mois, et les premiers aliments qu’il consomme doivent être riches en fer. Pour cela, les parents ont aujourd’hui le choix de donner à leur enfant de la viande, des substituts de la viande, ou bien des céréales enrichies en fer.

«Si quelqu’un décide de n’ajouter que des céréales au menu du bébé, c’est correct aussi, indique Mme Lowell. Nous voulons laisser des alternatives aux parents.» Stéphanie Côté, nutritionniste à Extenso, le centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal, abonde dans le même sens. «Autrefois, dit-elle, on introduisait toute une gamme de produits d’un coup dans l’alimentation de l’enfant – par exemple, plusieurs sortes de céréales : riz, orge, avoine – avant de passer aux légumes, et ainsi de suite. À présent, je pense que l’approche consiste à estimer que le grand besoin en fer du nourrisson peut être comblé en alternant des aliments vraiment variés plutôt que divers aliments appartenant à un même groupe.»

Que se passe-t-il si un parent souhaite donner des compléments solides à son bébé avant 6 mois? Les mêmes recommandations s’appliquent. «Il est sans doute plus facile de faire manger au nourrisson des céréales conçues pour lui, plutôt que de la viande mixée, remarque Hélène Lowell. Mais dans tous les cas, les parents devraient vérifier que les premiers aliments solides, quel que soit l’âge auquel l’enfant commence à les adopter, constituent des sources de fer.»

Aliments allergènes: autre changement de cap
Du côté des aliments allergènes, Santé Canada a également modifié son discours, à la lumière des dernières recherches. «On ne prescrit plus de retarder à titre préventif l’introduction des aliments considérés comme allergènes», précise Hélène Lowell. Selon le consensus d’experts, l’American Academy of Pediatrics et les données probantes des plus récentes recherches, attendre ne diminue en rien le risque de réactions allergiques. On peut donc donner aux bébés, dès l’âge de 6 mois et sans risque accru, des arachides, des fruits de mer, des oeufs et d’autres aliments reconnus comme étant responsables de la majorité des réactions allergiques graves. Les parents connaissent-ils tous cette nouvelle orientation? Probablement pas, et Hélène Lowell est consciente que les dernières recommandations devront être diffusées à grande échelle afin d’informer tous les nouveaux parents. «Santé Canada travaille de près avec ses collègues fédéraux, provinciaux et territoriaux pour promouvoir ces directives actualisées, souligne la nutritionniste. Les organisations qui les ont corédigées – la Société canadienne de pédiatrie, Les diététistes du Canada et le Comité canadien pour l’allaitement – ont aussi énormément contribué à communiquer leurs messages aux professionnels de la santé du Canada.»

Source: Enfants Québec, octobre 2013

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