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Parlez-vous d’argent avec vos enfants?

Crédit : Istockphoto

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L’argent fait partie des sujets délicats que les parents préfèrent balayer sous le tapis… parfois jusqu’à l’adolescence de leurs enfants! Pourtant, affirment les spécialistes, mieux vaut en parler tôt que tard.

Par Catherine Mainville-M.

«C’est comme la politesse ou la bonne alimentation: instaurer de bonnes habitudes ne se fait pas du jour au lendemain. C’est en y allant à petites doses, sur plusieurs années, que les enfants se font une idée d’une saine utilisation de l’argent», résume Caroline Soulard, conseillère budgétaire à l’ACEF Rive-Sud de Montréal.

Mélanie Laviolette, maman de Léo, 2 ans, d’Éliane, 5 ans, et belle-maman de Camille et Élise, 11 ans, ne manque pas d’idées en la matière. Elle n’a ainsi pas hésité à se servir de monnaie pour apprendre à compter à sa fille, qui vient d’entrer en maternelle. La petite blondinette sait déjà que quatre fois 25 sous font un dollar, et qu’il y a deux fois 1 dollar dans une pièce de 2 dollars.

Les grandes sœurs, de leur côté, ont découvert la valeur de l’argent au gré du quotidien. «Lorsque nous commandons une pizza, par exemple, je leur fais deviner le nombre d’heures de travail nécessaires pour la payer, dit Mélanie. Je leur explique que je dois travailler une heure et demie pour une pizza de 25 $. » Une méthode directe et éducative qui ne peut que convenir à René Vézina, animateur de Déficit zéro à Télé-Québec et chroniqueur financier.  » Dès l’âge de 4 ans, on devrait apprendre aux enfants à se familiariser avec les différentes  pièces de monnaie et leur valeur. Ensuite, ils pourront avoir leur tirelire, de l’argent de poche et éventuellement un compte bancaire.»

S’il faut conscientiser les enfants à la valeur de l’argent, doit-on pour autant tout leur révéler de notre réalité financière ?
Pour Mélanie, si l’argent ne doit pas être un sujet tabou, des limites sont nécessaires. «Il y a quelques années, nous nous sommes retrouvés avec un seul salaire, et les filles de mon conjoint ont eu peur que nous perdions la maison et que nous manquions de nourriture. Maintenant, pour ne pas les insécuriser, nous leur disons que nous avons de l’argent mais ne pouvons pas tout acheter.» En effet, parler d’argent, c’est aussi parler du travail – et, le cas échéant, d’une diminution de salaire ou d’une perte d’emploi.

  Certains parents trouvent humiliant de devoir dire « Nous ne pourrons pas partir en vacances cette année » ou « Ce Noël, il y aura moins de cadeaux sous le sapin », remarque René Vézina. Pourtant, les enfants comprennent plus facilement qu’on ne le pense. À plus forte raison si l’on discute de ces questions-là avec eux lorsqu’ils sont jeunes.

Caroline Soulard, pour trouver les mots justes, suggère de se fier aux questions de l’enfant. «Lorsque vos enfants vous interrogent sur vos finances, questionnez-les à votre tour. En leur demandant “Pourquoi veux-tu savoir cela?”, vous aurez une meilleure idée de ce qu’ils en comprennent.» Cette approche permettra aussi de rester prudent.  Les enfants ne doivent pas porter le fardeau des difficultés financières des parents, ajoute la conseillère. L’argent peut être une source de stress qui se transmet aux enfants si l’on n’y prend garde.»

Argent de poche: en donner, ou pas?

Chez les spécialistes comme chez les parents, personne ne s’entend sur l’opportunité de donner de l’argent de poche aux enfants, ni sur la valeur morale que représente, pour certains, l’habitude de monnayer leurs petites responsabilités. Caroline Soulard croit que les tâches de base (se brosser les dents, faire son lit, etc.) ne devraient jamais être rémunérées, puisqu’elles ne le seront pas à l’âge adulte. Avec ou sans corvées à la clé, elle estime néanmoins que les parents devraient commencer à accorder aux enfants un petit montant symbolique dès l’âge scolaire, et l’augmenter avec les années. «L’enfant qui gère son argent à petite échelle sera mieux outillé pour éviter des erreurs plus tard. Il faut avoir dépensé tout son argent de poche au moins une fois pour apprendre!», rappelle Mme Soulard. C’est aussi l’opinion du Dr Yves Lamontagne, auteur de l’ouvrage Être parent dans un monde de fous. Selon lui, «un système d’allocations hebdomadaires est une bonne façon d’apprendre à gérer son budget. Si l’enfant reçoit de l’argent de manière régulière, fixe et précise, il prendra conscience qu’il en est responsable». Quand ses propres enfants étaient petits, ce médecin avait mis en vigueur un système original, pendant un temps. «Ils avaient une petite allocation qu’ils distribuaient dans trois tirelires différentes, raconte-t-il. Un premier tiers allait dans la tirelire des économies, qui servait à mettre de l’argent de côté; un deuxième allait dans la tirelire des dépenses et leur permettait de s’acheter de menus objets; le dernier tiers allait dans la tirelire des pauvres, dont ils offraient le contenu, à la période des Fêtes, à une œuvre humanitaire.»

De l’avis de tous, l’argent de poche est le premier pas vers la compréhension de l’épargne. Et il n’est pas interdit d’y toucher!

Contrairement à ce qu’on peut croire, autoriser les enfants à piger occasionnellement dans leur tirelire est un moyen d’encourager l’épargne, fait valoir René Vézina. De même, le fait d’associer l’épargne à un projet permet de la rendre plus concrète, comme le souligne Caroline Soulard.

«Lorsque l’enfant reçoit de l’argent, dit-elle, on peut lui proposer d’en mettre la moitié dans son compte bancaire, et l’autre moitié dans son cochon en prévision d’un projet à court terme qui touche sa réalité immédiate, comme l’achat d’un jeu ou d’un vêtement. Économiser en vue de ses études universitaires est une perspective encore trop abstraite pour lui.»

Fais ce que je dis… et ce que je fais.

Dès la préadolescence, les parents pourront aborder des sujets plus complexes, comme les budgets ou le crédit, selon Caroline Soulard. «Il faut parler du crédit aux enfants avant qu’ils y aient accès, dit-elle. Ils doivent comprendre que, même si nous achetons des biens à l’aide d’une carte, il y a une facture  – avec des intérêts! – à payer à la fin du mois.» Nos habitudes, à cet égard, auront d’ailleurs beaucoup plus d’effet que nos paroles. «Quels que soient les propos que nous tenons à nos enfants, si notre utilisation de l’argent n’est pas saine, que nous ne faisons pas la différence entre nos besoins et nos désirs, et que le centre commercial est un de nos lieux de prédilection pour les sorties en famille, nos comportements auront évidemment une plus grande influence sur leur apprentissage que notre discours», prévient Caroline Soulard. En revanche, bien sûr, il est utile que nous commentions notre manière réfléchie de «magasiner» et d’acheter.

«Lorsque nos enfants font les courses avec nous, soutient René Vézina, nous devons comparer les prix devant eux et leur expliquer, par exemple, que nous achetons telles céréales parce qu’elles sont en promotion. L’éducation financière doit être préventive et avoir pour but, entre autres, d’éviter que les jeunes oublient la valeur de l’argent. Aujourd’hui, on ne manipule plus vraiment l’argent, et on perd la notion d’épargne pour favoriser la notion de consommation. L’éducation économique permet de faire la part des choses.»

Les jeunes et l’argent, publication gratuite de la Fondation canadienne d’éducation économique. Pour en obtenir gratuitement un exemplaire, appelez le numéro sans frais 1 888 570-7610  ou envoyez un courriel à slennox@cfee.org. Vous pouvez également visiter le site Internet, où vous trouverez une foule de renseignements.

Source: Enfants Québec, septembre 2013

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