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Ceux que l’on met au monde

Véronique Arsenault Crédit : Ferlandphoto

Véronique Arsenault
Crédit : Ferlandphoto

NDLR: Le texte Juger l’invisible, paru la semaine dernière, a touché bien des gens. Voilà pourquoi  on a décidé de vous présenter cette semaine un autre billet, signé Véronique Arsenault. Bonne lecture!
En 2006, à l’âge de 25 ans, j’ai mis au monde ma belle grande fille, Marisol. Puis, 20 mois plus tard, est né son jeune frère, Noah. Et, comme nous voulions trois enfants, Émile est né 17 mois plus tard encore! Voil ! En trois ans, nous avions fondé notre fa­mille tant rêvée, et j’étais la maman comblée que je voulais être, avec mes grandes joies, mes peines et mes petites inquiétudes. Tout était parfait!

Puis, un jour, mes petites inquiétudes sont devenues de grandes préoccupations… Comme une gifle en plein visage chassant le déni, j’ai réalisé qu’à 2 ans et demi mon premier garçon n’avait pas une évolution «normale». Je suis alors partie à la chasse aux diagnostics, écartant au passage tous ceux qui bana­lisaient et donnaient leurs commen­taire: «C’est un garçon… C’est ton deuxième… L’enfant sandwich… C’est son tempérament…»

Et puis, c’est ar­rivé… Dysphasie sévère réceptive et expressive, dyspraxie, trouble d’opposi­tion. Plus simplement, mon garçon a des difficultés au niveau de la commu­nication, de la socialisation, de l’attention, de la motricité fine et globale, au niveau des changements de routine, au niveau sensoriel, en plus d’avoir de l’impulsivité à la puissance 1000… et j’en passe! Ce jour ­là, dans le bureau du pédo­psychiatre, je suis devenue une maman différente. Non parce que j’étais meil­leure que ma voisine ou mon amie, mais parce que j’allais prendre un chemin différent, rencontrer des gens que, nor­malement, je n’aurais jamais rencontrés. J’allais affronter des regards différents aussi… À l’épicerie, au magasin… Des regards remplis de jugements et, parmi eux, quelques regards compatissants.

À partir de cette journée ­là, j’allais faire des choses que je n’aurais jamais pensé faire à l’époque où je regardais fièrement le petit « + » sur le test de grossesse. J’allais me battre pour que mon fils re­çoive des soins… Me battre contre un système trop gros qui laisse les enfants attendre sur une liste très longue pour pouvoir rencontrer l’orthophoniste, l’er­gothérapeute, le neuropsychologue etc. Laisser les enfants attendre quoi, au juste? Qu’ils soient rendus à l’âge adulte, j’imagine…

Ce jour ­là, ma patience est aussi de­venue très différente. Non pas plus grande que les autres, mais plus souple. Une patience qui m’a appris à respirer par le nez lorsque mon fils massacre une étagère complète de cosmétiques Lise Watier à la pharmacie. Ou bien lorsqu’il lance derrière lui des tomates à l’épi­cerie, atteignant au passage les clients, un peu surpris… Une patience qui m’empêche de tordre le cou à fiston, ainsi qu’à la vieille dame qui me sort les dix commandements de la bonne éducation lorsque je gère une épouvantable crise, accompagnée de mes deux autres enfants. Malgré tout, après en avoir pleuré un bon coup, je finis toujours par en rire. De gros fous rires, en plus! Mais, que faire d’autre? Quand je re­pense à l’expression de la dame qui a reçu une tomate en pleine «tronche»! Ou bien aux visages de parents choqués de voir mon garçon aller boire directement dans une flaque d’eau à l’école de sa sœur…

Avec tout ça, je pourrais pleurer toutes les larmes de mon corps en écoutant Ceux que l’on met au monde, de Lynda Lemay (et ça m’arrive, parfois…), mais je vis les aventures de Noah un jour à la fois. Nos trois enfants sont uniques, et nous les aimons pour ce qu’ils sont, ce qu’ils deviennent et ce qu’ils seront. Tout est encore parfait, mais différem­ment.

Par Véronique Arsenault

Source: Enfants Québec, mai 2012

 

À vous la parole !  Autrement dit, c’est votre chronique ! Racontez­-nous les hauts  et les bas de votre vie de parent ou d’éducateur. Les textes (600 mots maximum)  seront publiés sur notre site ou notre magazine.

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