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La fratrie présente à l’accouchement?

Crédit: Istockphoto

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Accueillir bébé en famille peut représenter une expérience positive, mais à certaines conditions.

Angélique, 3 ans, était présente lors de la naissance à la maison de son petit frère Clarence. «Nous avions regardé avec elle des livres sur le développement du bébé pendant la grossesse et des photos d’accouchement, raconte sa mère, Geneviève Caron. Le jour J, Angélique venait me voir de temps en temps avant de repartir jouer dans sa chambre. Un peu inquiète, elle a demandé à sa grand-mère pourquoi j’émettais des sons bizarres. Les explications de celle-ci l’ont rassurée. Quand j’ai annoncé à ma fille que le bébé arrivait, elle s’est exclamée: «Déjà! Je suis contente!» Elle avait hâte de découvrir s’il s’agissait d’un petit frère ou d’une petite sœur. Pendant que je poussais à genoux sur mon lit, accrochée au cou de mon conjoint, elle se tenait un peu plus loin avec sa grand-mère. Lorsque le bébé est sorti, elle est venue nous “coller” tous les trois. C’était tellement naturel!»

Des considérations importantes
Lorsqu’un accouchement a lieu à domicile ou en maison de naissance, la fratrie y assiste parfois. «Cela demande une maturité personnelle, une maturité de couple et une maturité familiale, considère la Dre Myriam Tremblay, omnipraticienne accoucheure. Lorsque c’est le cas et que la famille est très proche, partager cette expérience unique va chercher la profondeur des choses.» «Il s’agit d’un moment extraordinaire qui s’inscrit dans la normalité et le quotidien, ajoute Isabelle Brabant, sage-femme. De la même manière qu’un anniversaire, ça ne se fête pas tous les jours, mais on le vit chez soi, bien entouré.» L’hôpital, par contre, n’est pas l’endroit idéal pour vivre cette expérience en famille. On y manque d’espace et les professionnels, qui traitent dans le même service des accouchements à complications, sont surchargés. Or, un enfant est encore plus sensible à ce qu’il ressent, qu’à ce qu’il voit ou entend. Si on lui dit: «Tout va bien, le docteur est là», mais qu’il y a du stress et de la peur dans l’air, il le perçoit. Avant de le convier à l’hôpital pour l’accouchement, il faut s’assurer d’une qualité de présence en accord avec le médecin, l’approche sera détendue et l’on se souciera de cet enfant. En cas de problème, le médecin s’adressera calmement à la personne qui s’occupe de lui en des termes tels que: «Il serait préférable que vous sortiez.»

L’impact psychologique
L’enfant ne risque-t-il pas d’être traumatisé en assistant à l’accouchement? «Un deuxième ou un troisième bébé sort parfois en trois contractions, dit Isabelle Brabant. C’est rapide, mais d’une intensité proche de la violence. Entendre sa mère hurler peut également être trop pour un jeune enfant. On peut alors s’organiser pour qu’il entre dans la chambre seulement dans les minutes qui suivent la naissance.» Pour la Dre Tremblay, il ne s’agit pas simplement de voir un bébé sortir du ventre de la maman. «L’intégration au processus est importante, explique-t-elle. Une adolescente qui avait accompagné sa mère aux visites médicales et regardé avec elle des vidéos d’accouchement était prête. Elle a vécu la naissance de sa petite sœur de façon très émotive et positive.» Mais la Dre Myriam Tremblay a aussi assisté à des expériences difficiles, où les enfants n’avaient pas été préparés et ne bénéficiaient pas de l’indispensable soutien émotionnel. «J’ai vu des adolescents angoissés à l’idée que leur mère puisse mourir. Une de mes consœurs a pour sa part retrouvé, caché derrière un rideau et dans un état de stress grave, un enfant de 3 ans dont les parents tenaient à ce qu’il soit présent. C’est inadmissible!» Une telle expérience ne s’improvise donc pas. Et lorsque l’enfant aura grandi, le souvenir de cet épisode, où il a pu être témoin du sexe de sa mère étiré au maximum, ne risque-t-il pas d’avoir une influence sur sa propre vie sexuelle? «La prudence est de mise, estime la psychologue Louise Lettre. En effet, on ne sait pas ce que cette expérience peut produire au niveau inconscient. Un traumatisme se révèle parfois des années plus tard. L’enfant n’est pas muni d’un détecteur de fumée. Or, exposé à une charge émotive trop grande pour lui, il ne sera pas capable de l’assimiler.»

Sur la même longueur d’onde
Vous envisagez que votre enfant assiste à la naissance du bébé, mais votre conjoint, lui, hésite? «Si l’un ou l’autre parent ne se sent pas à l’aise, mieux vaut abandonner l’idée», conseille Isabelle Brabant.

L’envie d’être là
Votre enfant l’a-t-il demandé? Si ce n’est pas le cas et que vous et votre conjoint avez envie de le lui proposer, soumettez-lui de préférence une question ouverte: «As-tu déjà pensé à voir l’accouchement?» plutôt qu’un: «Tu nous ferais tellement plaisir si tu disais oui!» Il faut faire attention de ne pas imposer son désir à l’enfant.

Les limites de l’enfant
Le fait que Julien, 2 ans et demi, ait peur que le médecin fasse mal à sa maman quand il l’examine, ou que Sarah, 4 ans, ne supporte pas de voir souffrir la sienne lors de menstruations pénibles, voilà qui constitue de bons indices. Ces enfants ne sont manifestement pas prêts à voir leur mère accoucher.

Le droit de changer d’avis
Alors qu’ils attendaient leur troisième enfant, Geneviève Caron et son conjoint ont annoncé à Angélique et Clarence que, s’ils le souhaitaient, ils pourraient assister à la naissance. «Angélique, alors âgée de 6 ans, a changé plusieurs fois d’avis avant de déclarer qu’elle ne voulait pas manquer une journée d’école», se souvient Geneviève. Une autre fillette de 8 ans a annoncé à ses parents, quelques jours avant la naissance, qu’elle ne voulait finalement pas y aller, car elle était «encore un peu fatiguée des fêtes de fin d’année». Or, on était en février… «Les enfants essayent parfois de trouver une manière honorable de s’en sortir», constate Isabelle Brabant.

La préparation
Un enfant a besoin d’une mise en contexte adaptée à son âge, mais pas de savoir par le menu détail comment fonctionne l’accouchement – à moins qu’il soit plus grand et pose de nombreuses questions. «Restons dans la simplicité et l’enfant suivra», dit Isabelle Brabant. À un bambin de 2 ou 3 ans, on peut expliquer qu’un petit frère ou une petite sœur va arriver. On peut s’amuser à mimer l’accouchement afin qu’il sache par où le bébé sortira. On peut le prévenir que maman va travailler très fort pour l’avoir, mais que c’est normal. À partir de 3 ou 4 ans, les enfants doivent savoir que, même si leur maman gémit ou crie, tout va bien pour elle. Il peut y avoir un peu de sang mais, contrairement au cas d’une blessure, ce n’est pas un problème.

Préparer l’entourage
«Les enfants sont chanceux quand ils sont élevés dans une famille où la vie, la sexualité, la nudité et la naissance sont des choses naturelles, estime Louise Lettre. Cependant, il faut tenir compte des cultures plus vastes de l’école, du quartier et de la société. Avec qui l’enfant pourra-t-il partager cette expérience? Pensez à la façon dont il se sentira si l’un de ses amis se moque de lui ou rapporte ce que ses parents en ont pensé sous la forme de commentaires tels que: «Ça n’a pas d’allure. C’est dégoûtant!» Vérifiez avec l’éducatrice ou l’enseignant comment ce qu’il aura raconté a été reçu. Avertissez aussi l’enfant que les autres personnes ne partagent pas nécessairement les mêmes valeurs.

Un proche qui se consacre à l’enfant
Pas question que l’aîné, en tant que spectateur, soit laissé à lui-même au cours de cette journée particulière! La présence d’une tierce personne qu’il aime pour s’occuper de lui s’impose. Elle répondra à ses questions, percevra ses inquiétudes et dédramatisera la situation par des mots simples: «Ouf, il faut travailler fort pour que le bébé sorte!» «L’enfant doit pouvoir vivre l’événement à son rythme», précise la Dre Tremblay. Pour cette raison, s’il y a par exemple deux aînés, il faudrait la présence de deux adultes responsables afin que chaque enfant puisse aller et venir à sa guise et, jusqu’à la naissance, se sentir libre d’être là ou non. Il n’est pas garanti que la personne qui s’occupe de l’enfant puisse elle-même assister à la naissance. En le sachant, elle s’épargnera une déception. «Par contre, lorsque c’est la grand-mère qui tient l’enfant sur ses genoux ou lui donne la main au moment de la naissance, estime Louise Lettre, cela place les choses dans une perspective générationnelle: la vie se transmet de cette façon.»

Un rôle à son niveau
«Lors d’un accouchement, il est difficile d’être simple spectateur, remarque Isabelle Brabant. Sans écraser l’aîné sous une responsabilité, c’est une bonne idée de lui suggérer une participation. Par exemple: “J’aurais besoin que tu m’encourages, que tu me dises que le bébé s’en vient. Tu pourras aussi aller me chercher de l’eau, si j’ai soif.”» Geneviève Caron se rappelle son accouchement en présence de son fils. «Alors que je me trouvais dans le bain, raconte-t-elle, Clarence grignotait des céréales, assis sur la toilette. J’ai confié à mon petit bonhomme de 3 ans que j’étais fatiguée et que j’avais hâte que le bébé soit là. Il m’a flatté la tête et m’a réconfortée: “Ça va bien, maman, bébé va arriver”. Je lui ai dit que ses céréales semblaient bonnes. Il m’en a mis délicatement dans la bouche, une par une.»

Bébé est né!
Revenez sur l’événement avec l’aîné: «As-tu eu peur quand j’ai crié fort?» «Comment t’es-tu senti au moment où ton petit frère est sorti?» Laissez aussi des crayons à sa portée pour qu’il puisse dessiner. En effet, un jeune enfant n’est pas toujours capable de mettre en mots une expérience intense.

Enfants Québec, avril 2009

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