superbanniere
Abonnement Magazine

Juger l’invisible

Véronique Arsenault Crédit : Ferlandphoto

Véronique Arsenault
Crédit : Ferlandphoto

Il n’y a rien de pire qu’un jugement fait dans l’ignorance.

Il y a eu un temps où, chaque fois que j’attendais dans une file d’attente à l’épicerie ou au magasin, je n’avais rien d’autre à faire que de juger les gens autour de moi. Beaucoup le font, même moi, je l’avoue. J’observais la mère en face de moi, en train de calmer (ou d’essayer, du moins…) son horrible petit monstre en crise. Je le jugeais d’abord lui, petit dictateur de quatre ans, et enfin elle. Elle qui lui parlait, lui expliquait. Pire, elle NÉGOCIAIT!!! Était-ce si difficile de dire tout simplement « non »? Je sais, c’est vilain de juger ainsi, voire inacceptable. Mais que celui qui n’a jamais jugé personne me lance la première pierre! Puis, j’ai eu mes enfants. Trois enfants en trois ans. Ils sont bien élevés, certes, mais pas plus que les autres! J’ai compris avec le temps qu’être parents, c’est aussi faire son possible.

En 2011, alors que mon fils avait trois ans, la vie m’a fait connaître un tout nouveau concept: celui de handicap invisible. Un «handicap invisible» peut aussi s’appeler: trouble neurologique, trouble du développement, trouble d’apprentissage, trouble de langage, TED, TDAH etc…» Bref, peu importe le nom qu’on lui donne, c’est quelque part dans le cerveau et c’est invisible… Mon petit bonhomme est adorable et bien spécial! Ceux qui le connaissent bien le trouvent craquant, avec sa belle personnalité bien à lui! Intense. comme une boîte à surprises! Mais je ne le verrais pas autrement, il est LUI, tout simplement…

Bien qu’il soit mignon comme tout, il pouvait devenir, lui aussi, un horrible petit monstre lorsque nous étions en public! Sa compréhension du langage étant très atteinte, il avait de l’impulsivité à revendre, un trouble de l’opposition… Bref, je vous laisse vous imaginer la crise… et les regards. C’était maintenant moi, la mère dans la file d’attente, incapable de calmer son enfant turbulent, son «petit dictateur» mal élevé. C’était moi, l’attraction principale à la caisse #4 du WalMart!

Passez aux caisses rapides, un spectacle désolant s’offre à vous! Aujourd’hui, en primeur, une mère est incapable d’élever son fils et en plus, elle NÉGOCIE!!!

Non, je ne négociais pas. je devais faire des consignes claires et simples, souvent avec des gestes pour aider mon fils à COMPRENDRE. Je devais, tous les jours, l’aider à comprendre la vie. Souvent, après avoir fait mon chemin de croix jusqu’à la caisse (eh oui! C’en était un…), je devais endurer sans broncher le coup fatal de la caissière. «Ouin… Il en a dedans, tout un caractère.» Un jour, j’avais osé répondre d’un ton cinglant: «Rien à voir, mon fils a un trouble neurologique!» Et, elle, m’avait répondu: «Ouin,.. ben il a tout un caractère pareil!»… Ce jour-là, je me suis consolée en me disant qu’en travaillant très fort, mon fils allait toujours s’améliorer, tandis qu’elle.
J’aimerais vous dire que, vivant cela presque quotidiennement, je suis devenue une experte en la matière et que plus rien ne m’atteint, mais non… Chaque regard rempli de jugement porté sur une crise, un comportement ou sur sa manière de s’exprimer m’atteint profondément… dans mon orgueil et dans mon cœur de mère.

Aujourd’hui, mon coco a grandi et il m’a fait grandir avec lui. Est-ce que ces moments difficiles étaient causés par sa «différence» ou bien est-ce tout simplement parce qu’il était encore un très jeune enfant? Probablement un mélange des deux, mais peu importe… De toute manière, «différence» ou pas, mes trois amours m’en font souvent voir de toutes les couleurs!

Mais maintenant, lorsqu’une mère tente de régler SA fin du monde dans la file d’attente, je l’observe. Une observation qui est pour moi presque réconfortante, solidaire. Mais, je ne juge pas, car derrière ce « petit monstre » se cache peut-être un enfant ayant un trouble autistique, de la dysphasie ou un syndrome quelconque. Et, derrière cette maman, se cache peut-être une femme exténuée de tous ses rendez-vous chez le pédopsychiatre, orthophoniste, ergothérapeute etc… Ou, peut-être pas, mais je l’ignore. Donc, lorsque son regard croise le mien, je ne juge pas, je lui souris…. Et je comprends.

Par Véronique Arsenault

Commentaires

commentaires

8 commentaires

San

« Ou, peut-être pas… » Justement, en effet. Même sans que l’enfant ait un handicap invisible, trouble neurologique, les deux, enfant et parent (que ce soit le père ou la mère), peuvent être fatigués, soucieux, des problèmes familiaux (séparations, décès, maladie de l’autre parent, etc.), tant d’autres aléas qui peuvent expliquer. Et quand en plus le parent sent le regard des autres personnes dans la file d’attente ou dans les allées, la honte qui peut s’en mêler et rendre le tout encore plus éprouvant.

Marie France Larose

Ça fait tellement de bien de lire un texte comme celui là…
Moi aussi j’ai jugé.. et aujourd’hui c’est moi qui a les deux pieds dedans avec mon garçon de 4 ans 1/2…
Mon lot quotidien est tout ce qui est décrit dans se texte, mon garçon a un TDAH sévère avec un Trouble oppositionnel provocateur et ca depuis l’âge de 18 mois..
Je compte plus tout les commentaires déplacer ou les regards accusateur qui mon été adresser, mais je sais que j’en est pleurer un coup !!
J’ai même du encaisser les commentaires déplacer d’un psychiatre reconnu qui travail en clinique de la petite enfance à la seul hôpital psychiatrique pour enfant de Montréal..
Il a rien trouver de mieux à me dire que mon fils était mal élever !! j’ai du outrepasser se commentaire même si ca m’avais démolie !! mais je sais très bien au font de moi que je fait tout en mon possible pour que mon fils soit bien et est une vie normal si on peut dire !! même si mon couple en a souffert et en souffre encore aujourd’hui on se donne à 110% tout les deux !! notre vie a basculer du jours au lendemain sans savoir pourquoi et quoi faire.. je peut même pas décrire notre détresse face à ce qui nous arrivais, on ne comprenais absolument pas ce qui se passait avec notre fils !! on a finalement eu de l’aide et il est médicamenter depuis l’âge de 3 ans, mais son trouble na pas disparue pour autant et c’est un combat de tout les jours qu’on partage avec les nombreux spécialiste qui le suivent .. il n’y a pas assez de 5 jours dans une semaine pour tout les rendez vous qu’on a pour lui.. et la vie continue ont doit travaillée et aussi s’occuper de la plus jeune de la famille même si on est fatiguer et même épuiser vu son trouble de sommeil qui fait qu’il ne dort pas la nuit !!
Et pourquoi ont continue et qu’on ne lâche pas parce que… ONT L’AIMENT PLUS QUE TOUT AU MONDE !!!
Alors S.V.P réfléchissez avant de juger … juste un p’tit sourire de compréhension peut soulager au lieu d’un regard plein d’accusation !!

Stéphane

Chez nous, en France, pas de Wal Mart… mais on a aussi des hypermarchés, avec des caisses et des mamans (et des papas, aussi, parfois) qui vivent la même souffrance au quotidien :-)
Si loin les uns des autres, et pourtant si proches !

Patricia Charlebois

Je suis une personne vivant avec un trouble de la personnalité limite, qui se caractérise par un trouble émotionnelle et des comportements impulsifs. J’ai 25 ans. Je viens de l’apprendre, mais à l’extérieur je parais une personne plutôt intelligente et qui est capable de réussir, mais tous ce passe à l’intérieur. J’ai vécu et grandi sans le savoir, ou peut-être je savais que j’étais plus lente que les autres, que j’avais plus de difficulté que d’autres, mais j’ai toujours persévérer et atteindre un niveau d’étude intéressant, une expérience de travaille suffisante, mais mes émotions font en sorte de vivre un  »calvaire », car je doute toujours de moi-même, je me démotive, je dois reprendre souvent mes objectifs, j’abonne souvent. Les gens ne comprennent pas. Ils doivent une autre qui veut juste rester sur le B.S, mais je voudrais autrement. Les gens ne savent pas et juge les gens. Pour eux ça ne fait rien, mais pour moi, ça peut déclencher tout un lot d’émotions que j’aurais du mal à gérer, à comprendre…

Claudette Morin

Je vais vous dire que je vie cela en triple j’ai 3 garçons de 4 ans (jumeaux) et de 5 ans. Les trois on une petite dose d’hyperactivité et je vous dis que je me fais juger sévèrement par le regard des gens. Ils n’ont pas besoin de parler pour voir leurs expressions. J’aimerais bien leur laisser mes enfants une semaine et voir comment eux ils géreraient le tout. J’ai 42 ans, et la patience est souvent à fleur de peau car je suis continuellement sollicitée par leurs comportement et le chamaillerie. Merci pour ton article j’en ai une boule dans la gorge car on est humaine et personne n’aime se sentir comme ils nous font sentir. Je suis rendue que je déteste sortir en publique car c’est toujours un combat avec eux et le regard d’autrui. Je suis monoparentale aussi, donc un gros défi de tous les jours. J’aimerais bien dire qu’ils aillent se faire foutre mais j’ai un cœur et peut-être plus grand que certain. Alors soyez indulgent envers nous les mères qui faisons notre possible pour élever nos enfants avec des handicapes invisibles (très bien dit). Merci et courage à vous tous les mamans xx

Giny

Bonjour,
C’est un bel article! Je suis toujours émue de lire que le monde change et que les enfants d’aujourd’hui ont beaucoup plus de place qu’avant et ce malgré cette différence. Je suis une maman de 34 ans, j’ai une petite fille de 4 ans, je suis à l’université à plein temps et je suis atteinte d’un TDA/H depuis mon tout jeune âge. J’ai été diagnostiqué vers mes 10 ans mais à cette époque il n’existait pas beaucoup de ressources comparativement à aujourd’hui! J’ai été mise de côté toute ma vie et mes parents ont été montré du doigt très souvent. Je réalise aujourd’hui que j’aurais vraiment eu besoin de parents qui savaient quoi faire et qui auraient brandit les poings (littéralement parlant) pour moi. Malheureusement à cette époque personne ne savait quoi faire avec ce problème invisible. Et moi je me sentais vaincue d’avance… J’ai pris le chemin facile et un jour j’ai rencontré l »‘homme de ma vie et nous avons eu notre fille! J’avais toujours pensé que la vie était décidé d’avance et qu’à cause de ce handicap invisible, je ne serais jamais rien. Heureusement le vent a tourné. Je suis à L’Université depuis 3 ans. Je fais un baccalaureat et, malgré le fait que j’ai pensé toute ma vie que j’étais moins intelligente que les autres, je performe à un niveau plus élevé que certains autres étudiants n’ayant pas de déficit d’attention. Mes parents me supporte et sont fière de moi et j’ai plusieurs amis qui me soutiennent. Le message que je tente de vous faire comprendre est le suivant: n’abandonnez jamais les rêves que vous avez pour vous ou pour vos enfants. Croyez en leurs potentiel car la différence peut apporter bien plus que vous ne pouvez l’imaginer. Votre article me touche beaucoup et je suis fière de lire cela. Le plus beau cadeau que vous puissiez faire à votre enfant est de le croire, de l’aimer, de le défendre et le supporter dans toute les étapes de sa vie. Je suis certaine qu’un jour la vie vous le rendra au centuple. Ce n’est pas toujours facile et je sais que parfois ca peut être épuissant, je vous le consède, mais n’oubliez jamais qu’une voix avec nous est plus importante que cent contre. Ne lâchez pas et Merci Merci pour ces mots inspirants!

Pascale

Le regard des autres, me fait moi aussi quelque chose parfois. Mais ce que je fini par me dire, c’est que je travail très très fort pour aidé ma fille, elle en vaut la peine et que pour y arriver c’est par là que nous devons passer, même si les autres ne comprennent pas toujours ce que l’ont vit. Mais ce que je n’ai toujours pas réussi à me consoler quand nous allons au parc et que ma fille se fait rejeter, crier des bêtises par les autres enfants alors qu’elle veut tellement jouer avec les autres, et les autres mères qui me regarde de travers quand je décide que c’est moi qui irai grimper dans les jeux avec ma fille puisque aucun enfant dans le parc ne veux le faire!!! J’en viens à me poser la question, mais qu’est-ce que ce sera lorqu’elle sera plus vielle? Elle peut s’améliorer sur beaucoup de points, mais elle vivra toujours une différence…

Pascale

@Marie France Larose : Moi aussi j’ai eu des commentaire déplacé par des médecins, et lors d’une formation d’orientation, une femme qui pourtant mère d’un enfant autisme m’a dit, que malgré que mon enfant ne dorme pas plus que 3 à 5 heures depuis plusieurs années, que moi je devais être top shape en tout temps, alors qu’elle après avoir passé une nuit blanche, est retourné chez elle avoir après ces propos là et moi je suis rester en classe jusqu’à la fin de la journée malgré ma nuit blanche à moi aussi…

À lire aussi

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle...

Lire la suite →

Le plus beau jour de ma vie

Martin Marier raconte l'accouchement de sa blonde et la naissance...

Lire la suite →

La classe de maternelle de madame Michèle

Quand elle part en vacances à la mer, elle leur rapporte des...

Lire la suite →

Nos blogues

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle souvent des comportements et...

Lire la suite →


Regarder un enfant dans les yeux

Regarder un enfant dans les yeux

Quand on a des enfants, l’heure du souper est particulièrement intense, tout le monde sait ça. On se...

Lire la suite →


Le plus beau jour de ma vie

Le plus beau jour de ma vie

Martin Marier raconte l'accouchement de sa blonde et la naissance de sa fille, le soir où il est...

Lire la suite →