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Une semaine sans écran!

Crédit : Istockphto

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J’ai débranché ma famille!

Peut-on encore vivre sans écran à la maison? Notre journaliste Nathalie Côté a tenté l’expérience pendant une semaine.

À la maison, nous avons trois ordinateurs, deux téléphones intelligents, une tablette numérique, un iPod, deux téléviseurs, un lecteur Blu-ray, un lecteur DVD et une console Wii. Pour quatre personnes. La dernière fois que j’ai réduit la consommation d’écrans de mes enfants, ils ont sorti des pancartes. «Révolution: plus de jeux vidéo», pouvait-on y lire. Très créatif, avouons-le!

C’est donc avec une légère appréhension que je leur ai annoncé que j’allais débrancher la famille. Pour étouffer la contestation, j’ai pris soin de rejeter le blâme sur ma rédactrice en chef. Lâche, mais efficace! Fiston, 8 ans, s’estimait déjà lésé par mon contrôle du temps d’écran. Sa réaction était prévisible: «Non, non et non. C’est trop injuste!» À ma grande surprise, Mademoiselle, 7 ans, a accueilli la nouvelle avec un haussement d’épaules en disant: «Une semaine, ce n’est pas si long que ça.» Solidarité parentale oblige, mon «chum» n’a pas rouspété. Et puis, je n’ai coupé que les écrans, il pouvait donc écouter le hockey à la radio! Ensuite, j’ai composé ce statut Facebook: «À compter de demain, je  relève le défi “une semaine sans écrans” (sauf pour le travail). Si vous voulez me joindre, vous allez devoir me téléphoner. Je sais, c’est tellement 20e siècle… :-)» Une semaine plus tard, j’ai découvert que j’avais récolté seulement quatre «j’aime»!

Les hauts et les bas

Nous avons commencé à relever notre défi un dimanche. Je l’ai regretté amèrement quand, à 6 h 51, Fiston a commencé à plaider sa cause. «Une semaine sans écran, ça exclut le weekend», argumentait-il. Mes enfants savent à quel point je chéris mon dimanche matin, le seul matin où je peux traîner au lit. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’ils obtiennent des rallonges au temps réglementaire de jeux vidéo qui me permettent de faire la grasse matinée. Mais je ne pouvais pas flancher la première journée. Je me suis donc résignée à me lever pour faire des crêpes. Même si j’ai dû faire une croix sur ma tranquillité dominicale, j’étais plutôt enthousiaste. Se déconnecter un peu ne pouvait être que positif, pensais-je.

Mais j’ai déchanté dans les jours suivants. Quand je me suis souvenue que je ne pouvais plus utiliser le GPS de mon téléphone ni imprimer une carte pour trouver mon chemin. Quand mon « chum » a dû chercher un bottin à son bureau parce que nous n’en avions pas à la maison. Quand j’ai réalisé que je ne pouvais pas payer le solde de ma carte de crédit parce que je reçois mon relevé par courriel. Quand il m’a fallu aller au dépanneur malgré la pluie pour acheter mon journal. C’est sans compter tous les jours où, fataliste, j’ai envoyé mes enfants à l’école sans connaître les prévisions météo, en espérant qu’ils n’auraient ni trop chaud ni trop froid. «On est handicapés», a résumé mon «chum». Handicapés numériques, oui. Fail!

Mais il n’y a pas que des côtés négatifs à être débranché. Les enfants ont profité du beau temps au maximum! «On a fait plus de sport, c’est meilleur pour la santé», a admis Mademoiselle à l’issue de l’expérience. Autre bénéfice: j’ai commencé à me coucher plus tôt, faute de pouvoir regarder les nouvelles de fin de soirée, et à m’endormir plus rapidement. Rien de surprenant. Plusieurs études ont démontré l’impact nuisible des écrans sur le sommeil, mais je m’étais mis la tête dans le sable jusqu’ici. Le plus étonnant a été, de la part des enfants, la diminution considérable du harcèlement au sujet des écrans. Généralement, ils insistent pour jouer davantage ou regarder la télé lorsqu’ils ne sont pas censés le faire. Mais là, nenni (ou presque)! Sans compter que leurs chicanes à propos des différentes manettes avaient totalement disparu par la force des choses. J’aime.

Après quatre jours, Mademoiselle a néanmoins fini par me déclarer qu’une semaine sans écran, c’était «trop plate». Son frère, lui, avait beaucoup de plaisir à se moquer de moi lorsque je me heurtais à mon handicap numérique. Je l’avais bien cherché. Lol!

L’enfer, vraiment?

Au terme de la semaine, toute la famille a retrouvé ses babioles électroniques avec joie. Questionnée sur le défi, Mademoiselle s’est dite prête à renouveler l’expérience. De son côté, Fiston a déclaré, avec une bonne dose de mauvaise foi, que «sa vie avait été un véritable enfer». Objectivement, il avait été plutôt d’humeur agréable tout au long de l’aventure, même si sa Wii lui manquait. Et contre toute attente, il semble que nous, les parents, ayons trouvé l’abstinence numérique plus difficile que les enfants. Nous avons réalisé à quel point la technologie était ancrée dans une foule d’habitudes de notre quotidien. Cette expérience m’a aussi amenée à m’interroger sur l’exemple que je suis pour mes petits.

Comme Susan Maushart*, une mère d’ados qui a poussé l’expérience un peu plus loin que moi, je me réfugie souvent derrière des prétextes «nobles» pour utiliser mon téléphone intelligent le samedi matin, ou dans la file d’attente à l’épicerie. Je «dois» prendre mes courriels pour le travail, rester informée ou soigner mon réseau (tellement pratique pour une journaliste!). Mais en réalité, ne suis-je pas en train de faire la même chose que mes enfants lorsqu’ils s’amusent à Angry Birds, c’est-à-dire de tuer l’ennui tout simplement?

Je suis également un peu inquiète pour l’avenir. Mes enfants sont jeunes, et j’ai encore un bon contrôle sur leur consommation quotidienne d’écrans. Mais qu’adviendra-t-il lorsqu’ils seront ados, comme ceux de Susan Maushart, et qu’ils auront des téléphones intelligents (de véritables ordinateurs de poche !)? Suis-je condamnée à me retrouver avec des boulimiques numériques? Je pourrais «googler» la question, mais j’ai peur de la réponse.

*La journaliste Susan Maushart s’est coupée des technologies en 2009. Elle raconte son aventure dans Pause: comment trois ados hyper connectés et leur mère (qui dormait avec son smartphone) ont survécu à six mois sans le moindre média électronique. (édition Nil, 2013)

Source : Enfants Québec, Septembre 2013

Commentaires

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Un commentaire

Eric

Bonjour, je ne suis qu’à moitié étonné de lire ceci.
Les objets connectés prennent de plus en plus d’importance dans nos vies et surtout dans celles desplus jeunes.
C’est d’ailleurs ce qui m’a motivé à créer une page entière dédiée aux dangers de l’utilisation des tablettes sur mon site. http://www.tablette-enfant.fr/risques.php
beaucoup ne se doutent pas qu’il existe de véritables risques en cas de mauvaise utilisation

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