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Peau à peau avec bébé

bébé-fin_cr_istockphoto.À la naissance, tout ce qui sépare le nouveau-né de sa mère fait grimper en flèche le niveau de stress chez l’un comme chez l’autre. À l’inverse, bébé atterrit plus en douceur sur la planète Terre si on le dépose sur le ventre de sa maman.

Notre société à la fine pointe de la technologie redécouvre les vertus du contact peau à peau. Celui-ci favorise l’attachement. Au cours de la première heure et avant que la fatigue consécutive à l’accouchement ne l’assaille, la nouvelle maman, sous l’effet de l’adrénaline, est particulièrement réceptive à son bébé. Quant à lui, ses sens sont en éveil durant sa première heure de vie. Il fait connaissance avec ses parents. Dès qu’on lui met des antibiotiques dans les yeux, il voit moins bien. Et une procédure douloureuse comme l’injection de vitamine K nuit elle aussi à «l’heure magique». «Dans la plupart des cas, les procédures médicales peuvent sans problème être retardées de deux heures», estime Julie Choquet, médecin de famille.

Le fait d’être peau à peau contre sa maman stabilise les signes vitaux du nouveau-né, notamment sa respiration et sa température. «La chaleur de la poitrine de la mère peut augmenter ou baisser d’un degré Celsius pour s’adapter à celle de l’enfant, dit la Dre Choquet en s’émerveillant. Contre elle, il pleure moins et perd moins de chaleur. En outre, dans ces conditions, il y a des chances qu’il soit colonisé par de bonnes bactéries plutôt que par des bactéries dangereuses présentes en milieu hospitalier. Il ne sera pas immunisé contre ces dernières mais la flore bactérienne sur la peau maternelle joue probablement un certain rôle protecteur.» Si on le laisse faire, le nouveau-né «rampe» vers le mamelon. Le contact peau à peau stimule la lactation. Et une tétée précoce au cours de cette première heure constitue un facteur de prédiction de succès de l’allaitement.

De retour à la maison, plusieurs parents s’étonnent que bébé hurle lorsqu’ils le déposent dans son lit et qu’il leur suffise de le reprendre dans leurs bras pour qu’il s’arrête. Il ne s’agit pas d’un caprice. «Avant sa naissance, non seulement le bébé n’était pas couché mais il était bercé chaque fois que sa maman bougeait, rappelle la Dre Choquet. Et, du jour au lendemain, on voudrait qu’il soit bien quand on le pose sur une surface plate! Une chatte ou une femelle chimpanzé reste collée à ses petits. Même si on a tendance à l’oublier, nous sommes aussi des mammifères, une espèce porteuse et non nidifuge.»

La civilisation occidentale a conçu des lits, des sièges, des poussettes, des balançoires et des parcs pour les jeunes enfants. Mais un bébé, lui, sait d’instinct que ce n’est pas ce dont il a besoin. Il demande à être en contact physique avec sa mère. Celle-ci peut le faire de différentes façons: – en le prenant dans ses bras; – en le berçant; – en le portant dans un sac ventral ou à l’aide d’un grand foulard;– en prenant son bain avec lui. Son cordon ombilical n’est pas encore tombé? Il suffit de bien le sécher après le bain; – en l’allaitant, ce qui garantit un contact peau à peau prolongé plusieurs fois par jour. Si le bébé boit au biberon, la maman doit s’assurer qu’il bénéficie lui aussi d’un contact peau à peau régulier; – en le massant.

Selon le gynécologue-obstétricien Pierre Lévesque, dans certains pays africains, les bébés sont traditionnellement en contact physique avec leur mère ou des proches 85 % du temps. En Amérique du Nord, ce chiffre tombe à 15 % en moyenne. Or, sous la barre des – 10 %, on parle de carence sensorielle. Quand le bébé est lové contre sa mère, et qu’il perçoit sa chaleur, son odeur, ses mouvements et les battements de son cœur, il retrouve les repères de sa vie intra-utérine, ce qui le rassure. Pas étonnant qu’il pleure moins! Ces expériences sensorielles stimulent aussi le développement de son cerveau.

Pour la maman, tenir et porter souvent son enfant contre elle: – lui permet d’apprendre plus vite à décoder ses besoins; – lui permet de partager du plaisir avec son enfant et lui procure le sentiment valorisant de vivre une belle expérience; – augmente les moments de calme et diminue le niveau de stress; – facilite l’adaptation à la vie avec son enfant; – renforce le sentiment de compétence parentale.

Enfants Québec, février-mars 2009 

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AMC

Qu’en est-il du père ?

Dans le cadre d’un atelier de recherche pour le développement du projet de fin de baccalauréat en design industriel à l’université de Montréal, nous avons été amené à étudier en superficie la situation des parents d’enfant(s) de moins de 18 mois.
Que ce soit sous un angle ethnographique, en observation sur le terrain à travers la ville ou lors de discussions avec les parents, il a été possible de déceler, entre autres, des problématiques au niveau du partage de responsabilités et au niveau de la mobilité avec le poupon lors de sorties ou de tâches quotidiennes.

D’abord, par rapport au partage et à la suite du premier entretien avec un couple de jeunes parents, la situation problématique soulevée a été l’organisation du temps. En effet, la mère était en congé complet pendant que le père n’a pris son congé de paternité que durant les 5 premières semaines de la vie de l’enfant. Dans leur cas, maintenant que leur enfant a 6 mois et que le père a reprit le cours de sa vie professionnelle et sociale depuis plusieurs mois, il semble y avoir de la discorde au niveau du partage et des responsabilités et donc du temps passé avec l’enfant. En effet, la mère reproche au père de ne pas participer suffisamment dans la nouvelle vie de la famille. Il faut peut-être alors se questionner sur les raisons pour lesquelles la situation est ce qu’elle est.

Il ne s’agit pas seulement d’une question de partage de responsabilités, mais aussi un partage du lien socioaffectif avec le poupon. Je reconnais en effet que le contact physique entre la mère et le bébé est primordial durant les premiers mois de celui-ci et surtout la première heure suivant l’accouchement. Toutefois, qu’en est-il du père ? En mettant de l’avant l’importance du contact de l’enfant avec sa mère, et ce, pendant de nombreux mois, le père se sent-il exclu pendant ce temps ? En suivant les conseils cités dans ce billet quant à la proximité de la mère avec son enfant, celle-ci peut-elle alors se permettre de reprocher le côté « plus distant » du papa avec le bébé lors des premières années de la vie de ce dernier ? Puisque, en effet, le père s’est possiblement mis un peu en retrait afin de favoriser le lien rassurant pour le nourrisson entre sa mère et lui.

De plus, qu’en est-il de ce lien dans le cas d’un congé de paternité complet ou partagé avec la mère ? Cette question est d’autant plus d’actualité considérant que, par rapport à il y a plusieurs décennies, il arrive de plus en plus souvent que le père choisisse de rester à la maison durant la première année ou la première demie année pendant que la mère retourne au travail.

Dans le cas des jeunes parents avec qui nous nous sommes entretenus et même si c’est un cas parmi tant d’autres, le père, qui a avoué n’être sortie de la maison avec l’enfant et sans la mère dans le cadre de loisirs qu’une fois ou deux, souffrirait-il d’insécurité vis-à-vis de son poupon ou de ses compétences de père ? Si l’on considère la promotion qui est faite dans ce billet des contacts physiques de la mère avec le bébé dans des tâches quotidiennes comme le bercer, l’allaiter ou le porter dans un sac ventral, serait-il normal que ce père se sente moins apte à prendre soin seul de son enfant durant les premiers mois ?

Serait-il possible de reproduire ce lien de proximité essentiel au bon développement de l’enfant avec le père uniquement ou avec le père et la mère à part égale ? En effet, le père, qui n’a pas entretenu un lien avec le bébé de façon aussi étroite que la mère qui, elle, l’a porté pendant 9 mois, pourrait-il se « rattraper » dès la venue du poupon sans créer chez ce dernier de traumatisme ni de carence sensorielle ?

Puisque les enfants ne viennent pas au monde accompagnés d’un mode d’emploi, ce lien de proximité, qui renforce sans aucun doute le sentiment de compétence parental pourrait être fortement bénéfique pour les hommes qui, selon l’opinion général, n’ont pas l’instinct parental inné autant que les femmes.

Ensuite, par rapport à la mobilité avec le poupon, nous avons remarqué suite aux observations faites sur le terrain que les déplacements ne sont pas toujours faciles pour diverses raisons dont l’encombrement, le terrain accidenté ou le temps. En effet, selon des témoignages reçus au courant des premières semaines de recherche, les parents choisissent, dans de nombreux cas, d’effectuer séparément les tâches quotidiennes comme faire les courses. Pour ce faire, un parent reste à la maison avec le poupon pendant que l’autre s’occupe des courses à l’extérieur. Comment le couple choisit-il le parent qui reste à la maison avec le bébé ? Est-ce encore la mère qui prédomine dans ce choix ? Et pourquoi ?

Toutefois, dans les cas où le parent choisit de sortir avec son poupon pour les tâches quotidiennes, il se retrouve souvent encombré par ses équipements. Plusieurs parents décident alors d’opter pour un porte-bébé ventral qui libère les mains. Dans ce cas aussi, serait-il favorable que la mère porte le poupon puisqu’il a passé les 9 premiers mois dans son ventre ou serait-il possible que le père porte le poupon afin de développer un lien étroit avec celui-ci en lui rappelant justement ses repères de la vie ultra-utérine ?

Dans le cas du père cité plus haut, il ne pouvait envisager de porter son bébé sur lui dans un lieu public considérant l’attrait que le poupon créé sur les autres personnes. En effet, en l’ayant si près de lui, il ne pourrait tolérer que les gens – connus ou inconnus – viennent voir le poupon en « entrant dans sa bulle ». D’où provient cette appréhension d’inconfort ? Ce sentiment serait-il dû à une dissociation avec le bébé causée justement par le rôle « moins important » du père lors des premiers mois de la vie de l’enfant ?

En conclusion, bien les rapports physiques de la mère avec le nourrisson soient sans contredit des plus importants dans le développement sain de ce dernier, il faut se questionner sur le rôle du père. Comment pourrions-nous le faire participer davantage dans ces expériences sensorielles qui stimulent et rassurent autant le parent que l’enfant ?
Les congés de paternité qui étaient à peu près inexistants 50 ans plus tôt sont aujourd’hui chose obligatoire, plus que commune et même favorisée à répétition pendant les premières années de vies des enfants dans certains pays. De ce fait, nous nous demandons, en tant que designers, s’il serait possible d’améliorer de quelque façon que ce soit cette relation père-poupon de plus en plus prisée à notre époque.

Par AMC, étudiante en design

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