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Mon enfant me ment

Crédit : Istockphoto

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Vous aimeriez que la confiance règne entre vous et votre enfant. Mais comment avoir la certitude qu’il vous dit toujours toute la vérité, rien que la vérité ? Deux psychologues se prononcent.

Au retour de l’école, Laurence, 9 ans, raconte à sa mère qu’elle a été obligée d’emprunter un coupon-repas à la cantine pour pouvoir dîner. La raison : elle avait oublié à la maison sa carte de repas prépayés. «Oublié, tu es sûre?» lui fait répéter sa mère. «Oui, maman ! Je l’avais laissée dans le tiroir de ma table de nuit!»

Ce que Laurence ne sait pas, c’est que le matin même sa mère a retrouvé son portefeuille, lequel contenait sa carte-repas et sa carte de bibliothèque, sur le trottoir. Pourquoi Laurence n’avoue-t-elle pas qu’elle a perdu son portefeuille?

Nous aimerions tous que nos enfants nous fassent suffisamment confiance pour toujours nous dire la vérité, quoi qu’il arrive. Mais la réalité est complexe. Le développement des enfants passe par toutes sortes de chemins. «L’enfance est l’époque des expérimentations, rappelle Céline Boisvert, psychologue clinicienne rattachée au CHU Sainte- Justine. Les enfants sont des êtres en évolution, en pleine acquisition de leur autonomie, de leur indépendance. Ils font parfois des faux pas, des erreurs de jugement. Et c’est normal! Un enfant qui nous cache la vérité n’a pas nécessairement de mauvaises intentions. Il faut toujours essayer de se mettre dans sa peau. »

Mais comment établir cette base de confiance que nous souhaiterions solide et forte? Comment aider notre enfant à tisser avec nous ces liens qui lui seront précieux pendant toute sa vie?

Pensez à l’effet miroir
«Pour nos enfants, nous sommes l’exemple numéro 1, dit Céline Boisvert. Ils nous écoutent et nous observent dans tout ce que nous faisons.»

Et malheureusement, nous sommes parfois de piètres exemples! «Nous mentons bien plus souvent que nous voudrions l’admettre, fait remarquer la psychologue Marlène Asselin, qui travaille pour l’organisme Éducationcoup-de-fil *. Quand le téléphone sonne et que nous faisons dire que nous n’y sommes pour personne; ou qu’une voisine nous invite à souper et que nous prétendons avoir d’autres engagements; quand nous demandons à fiston de ne pas dire à papa que nous avons mangé des bonbons parce que papa est antisucreries…»

«L’enfant ne porte pas de jugements, souligne Céline Boisvert, mais il nous entend, il enregistre et il comprend que dans certaines situations, c’est bien de mentir.»

N’ayez qu’une parole
Rien ne mine plus le climat de confiance que les promesses non tenues. «Ne manquez jamais à votre parole, quoi qu’il advienne, insiste Marlène Asselin. Et n’inventez jamais de fausses raisons pour vous dédire.»

Vous avez promis à votre enfant que vous vous arrêteriez pour manger une glace après les courses, mais vous passez tout droit en invoquant qu’il n’a pas été sage? «Pour vous, c’est une conséquence logique, explique Marlène Asselin. Mais pour lui, vous avez manqué à votre parole. Dans ce genre de situation, vous devez rester d’une droiture indéfectible. Si vous jugez que votre enfant a mal agi, trouvez une autre façon de manifester votre réprobation!»

Et s’il vous est vraiment impossible de faire cette halte pour une raison hors de votre contrôle? «Expliquez le problème à l’enfant, répond Marlène Asselin, et imaginez avec lui un compromis qui lui fera plaisir.»

Modérez vos transports!
Beaucoup d’enfants mentent par peur — de nous décevoir, de nous blesser, de perdre notre confiance. Et parfois leur peur est justifiée! Si nous réclamons la vérité, il faut que nous soyons prêts à la recevoir. «Si votre fils vous avoue avoir menti ou avoir commis une erreur et que vous explosez, à l’avenir il y pensera à deux fois avant d’opter pour la franchise, dit Céline Boisvert. Mieux vaut respirer par le nez, discuter et chercher à comprendre les causes de ses agissements.»

«Valorisez la vérité, ajoute Marlène Asselin. Faites en sorte qu’elle devienne une expérience agréable. Si vous avez de bonnes raisons de penser que votre enfant vous a menti, assurez-lui que, s’il fait preuve de franchise, il ne subira aucune conséquence du fait de ce mensonge. Expliquez-lui qu’il faut beaucoup de courage pour dire la vérité. Et, plutôt que de vous fâcher s’il vous confesse une erreur ou une bêtise, félicitez-le pour son courage.» Si ce qu’il vous avoue est sérieux, il devra bien sûr assumer les conséquences de son geste — si, par exemple, il a volé, il lui faudra rendre les biens dérobés. «Mais ne lui présentez pas cela comme une punition, conseille Marlène Asselin, faites-lui plutôt valoir que c’est une conséquence normale de son acte.»

Soyez souples
Certains parents sont inflexibles. Ils ont érigé des règles dont ils ne veulent pas démordre. Par exemple, ils empêcheront leur enfant d’aller jouer chez des amis en semaine, quelles que soient les circonstances. «La rigidité de nos positions peut entraîner le mensonge, dit Marlène Asselin. Il est toujours préférable d’avoir une certaine souplesse. Il y a une différence de taille entre être souple et être incohérent ou inconsistant. La souplesse nous oblige à nous questionner, à nous remettre en question, à travailler sur nous. Autant de valeurs que nous pourrons difficilement transmettre si nous ne les observons pas nous-mêmes.»

Ne soyez pas intrusifs
Certains parents seront tentés, pour s’assurer que leur enfant leur dit la vérité, d’aller fouiller dans leur journal intime ou dans leurs courriels. «Mais le développement de l’enfant passe aussi par le développement de son intimité, rappelle Céline Boisvert. Vous devez reconnaître à votre enfant la liberté d’avoir sa pensée propre, sa bulle, son monde intérieur. Ce n’est pas parce qu’il ne vous dit pas tout qu’il vous ment!»

Si cependant vous avez l’impression que votre enfant vous cache des choses graves, si vous avez peur qu’il soit victime d’abus ou de taxage, parlez-en avec lui. «Allez à la pêche, suggère Céline Boisvert. Demandez-lui si tout va bien. Exprimez-lui vos craintes et dites-lui que, s’il n’a pas envie de se confier, vous respecterez sa position. Mais laissez-lui clairement savoir que la porte est ouverte et que, lorsqu’il aura envie de parler, vous serez toujours là.»

Ne paniquez pas
N’oubliez pas que l’enfant idéal n’existe pas. «Être parent, c’est faire de petits deuils, dit Céline Boisvert. Il ne faut pas vous affoler si votre enfant vous a menti. Une fois n’est pas coutume. Si la situation se répète, il pourrait être question d’un problème plus profond. Il faudra alors examiner davantage le cas, quitte à aller chercher de l’aide. Mais souvent, il ne s’agit que de petites erreurs de parcours.»

*Éducation-coup-de-fil est un organisme sans but lucratif qui, depuis 25 ans, offre aux parents un service d’aide téléphonique anonyme et gratuit.

Magazine Enfants Québec, mai-juin 2010

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