superbanniere
Abonnement Magazine

Être parent, ça s’apprend

Crédit : Istockphoto

Crédit : Istockphoto

De nombreux parents n’ont pas confiance dans leur façon d’intervenir, même quand ils agissent de manière très adéquate! Dans ces situations, prendre du recul par rapport à soi-même afin de comprendre ses propres doutes est parfois bien utile.

Par Laurent Fontaine

De parents fatigués à parents dépassés
«La confiance dans ses capacités parentales, ça se construit»: par ces mots, Brigitte Racine se fait rassurante avec les parents qui viennent la voir, un peu désemparés. Spécialisée en relations d’aide, cette infirmière a fondé Éducoeur, un organisme dédié au soutien des parents et des intervenants dans leurs relations avec les enfants. Chaque année, elle rencontre des milliers de parents du Québec à l’occasion des sessions de formation qu’elle donne, entre autres dans les écoles et dans le milieu communautaire. Elle a aussi fondé le réseau des ambassadeurs Éducoeur, qui la relayent pour dispenser ses trucs et ses méthodes aux parents des quatre coins de la province. «Les parents ressortent de ces formations avec une confiance en eux renouvelée», dit Marie-Claire Bazinet, l’une de ces ambassadrices, qui oeuvre au Centre de la famille des Hautes-Laurentides, à Mont-Laurier.

Prendre du temps avec son enfant
Éducoeur propose aux parents des moyens concrets pour modifier leur relation avec l’enfant. «Leur propre confiance en soi reviendra d’elle-même dès que la situation familiale sera redevenue normale», dit la fondatrice de l’organisme. Mais pour y arriver, il faut que les parents acceptent la grande règle préalable et incontournable que celle-ci leur prescrit: consacrer dès le retour du travail 20 minutes à leur enfant, deux ou trois fois par semaine — et les lui consacrer exclusivement. «Ne faites rien d’autre, pas de téléphone, pas de conversation entre adultes. L’unique but est de partager avec l’enfant un moment de plaisir où il se sent aimé.» Vingt minutes dès le retour du travail? Beaucoup de parents pâlissent à l’idée… «Mais comment pouvez-vous exiger quelque chose de votre enfant si vous n’êtes pas capables de lui donner une heure d’attention par semaine? leur répond l’infirmière. La relation affective se base sur le “donnant, donnant”: l’enfant aura envie de donner à ses parents s’il reçoit lui-même ce dont il a le plus besoin.» Selon elle, le besoin d’attention des enfants engendre à lui seul plus de 90 % des mauvais comportements.

Poser des limites claires
Ces 20 minutes de partage permettent de passer d’une relation parentale réactive (en réponse aux bêtises ou autres attitudes désagréables…) à une relation fondée sur la collaboration parents-enfants. Très vite, les parents voient s’opérer des changements. Et les voilà prêts pour la deuxième étape : placer des «stops» aux bons endroits. «Les enfants sont comme des automobilistes, dit Brigitte Racine : certains conduisent naturellement bien, mais d’autres ont besoin d’un code de la route clair, avec ses règles et ses contraventions.» C’est le cas du petit Jonathan. Ses parents sont venus voir Mme Racine… à la recherche de nouvelles punitions! Car ils avaient déjà tout enlevé à leur gamin de 8 ans — vélo, amis, télévision —, mais rien n’y faisait : Jonathan continuait à refuser de se coucher le soir, réclamant encore et encore de l’attention. Au lieu de leur apporter une nouvelle idée de punition, l’infirmière leur a proposé d’apprendre à leur fils à se contrôler. Ils ont alors convenu avec lui d’une nouvelle règle quotidienne: chaque minute de dépassement à l’heure de se mettre au lit, Jonathan devrait la récupérer le lendemain en se couchant plus tôt. Ce serait à lui de décider… Progressivement, il en est arrivé à respecter de lui-même son heure de coucher.

Réparer plutôt que punir
Brigitte Racine invite les parents à remplacer la punition par la réparation. «Envoyer un enfant réfléchir dans sa chambre ne sert à rien, dit-elle. Tandis que la réparation rend sa dignité tant à celui qui souffre d’une injustice qu’à celui qui l’a commise.» Dans une mesure adaptée à l’âge des enfants, elle propose aux parents d’exiger d’eux qu’ils réparent avec des mots quand ils blessent avec des mots (en trouvant des qualités à la personne qu’ils ont blessée, par exemple), ou avec un geste qui soit bon quand il s’agit de réparer un geste malintentionné. Sans trop y croire, Antoine et Amélie ont consenti à jouer le jeu des trois étapes que proposait Brigitte Racine pour Tristan, leur aîné de 9 ans. Celui-ci manquait de respect à ses frères cadets de 5 et 3 ans. Disputes, coups, punitions incessantes : le cercle infernal était bien ancré, avec le manque de confiance en soi qui minait les parents. Deux semaines après l’adoption de la méthode, le couple rappelait l’infirmière, ébahi des résultats. Le premier jour, Tristan avait dû effectuer une foule de réparations. Il avait proposé de lire des contes à ses frères, de faire leurs lits, de jouer au ballon avec eux. Le soir, il s’était écroulé de fatigue! Mais ce fils aîné a surtout découvert au fil des jours comment devenir un bon grand frère. Un cercle vertueux s’était établi, dont Tristan était le héros, et les parents, parmi les grands bénéficiaires…

Trois étapes pour retrouver confiance en ses aptitudes parentales :

1 Dépasser sa propre enfance
«Chaque parent réagit d’abord selon son histoire personnelle, dit Anne-Marie Audet, psychoéducatrice dans la région de la baie des Chaleurs et ambassadrice d’Éducoeur. Certains parents ont une perception très négative de la punition, soit parce qu’ils en ont trop souffert, soit parce qu’ils ne l’ont justement pas connue. Mais d’autres peuvent avoir grandi dans le contexte d’une discipline très positive, où les enfants sentaient que les choses se faisaient pour leur bien. » Revenir sur sa propre enfance permet de faire la part entre ce qu’on veut répéter et ce qu’on préfère éviter à ses enfants.

2 Dominer ses sentiments
Le deuxième ingrédient de la culpabilité parentale est le débordement des émotions. Au lieu de garder une certaine neutralité vis-à-vis de la situation, le parent est submergé de sentiments qu’il ne maîtrise pas et explose (par exemple, ses paroles vont trop loin). Ou bien, au contraire, il se fige… mais il ne sait pas davantage contrôler ce qui le bouleverse. Le résultat est le même : un grand noeud dans l’estomac pour quelques heures!  «Être parent, c’est aussi examiner ce qui provoque ses propres émotions pour apprendre à les dominer», rappelle Anne-Marie Audet. Elle suggère aux parents de devenir comme de petits robots dans les situations qui requièrent de l’encadrement. Autorité et sentiments ne font pas bon ménage!

3 Connaître les besoins de son enfant
Le sentiment de compétence parentale repose enfin sur de bonnes connaissances. «Les parents auraient tout à gagner à mieux saisir les besoins et les réactions de leurs enfants en fonction de leur développement, dit Anne-Marie Audet. Je me souviens d’une maman qui n’osait pas intervenir face à l’habitude de mordre qu’avait son bambin, de crainte de briser son lien d’attachement. Si elle avait pu savoir quels gestes poser devant l’agressivité naturelle des petits, et comprendre davantage comment se bâtissait le lien entre elle et son enfant, elle aurait été beaucoup mieux armée pour agir efficacement.»

Source : Magazine Enfants Québec, novembre 2010

Commentaires

commentaires

Comments are closed

À lire aussi

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle...

Lire la suite →

La classe de maternelle de madame Michèle

Quand elle part en vacances à la mer, elle leur rapporte des...

Lire la suite →

Comment les encourager sans en faire trop ?

Chaque jour, nous complimentons nos enfants et soulignons leurs...

Lire la suite →

Nos blogues

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle souvent des comportements et...

Lire la suite →


Regarder un enfant dans les yeux

Regarder un enfant dans les yeux

Quand on a des enfants, l’heure du souper est particulièrement intense, tout le monde sait ça. On se...

Lire la suite →


Le plus beau jour de ma vie

Le plus beau jour de ma vie

Martin Marier raconte l'accouchement de sa blonde et la naissance de sa fille, le soir où il est...

Lire la suite →