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Des bébés sans couches

crédit : Istockphoto

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Dans la foulée d’un retour au naturel, la méthode «sans couches» permet de familiariser son bébé à la propreté… dès la naissance! Une pratique nouvelle mais déjà controversée.

Par Catherine Bachaalani

Les parents écolos qui veulent faire un geste pour la planète avaient déjà la possibilité de choisir les couches lavables. Désormais, ils peuvent carrément dire adieu à tout le bataclan! La technique du «bébé sans couches», dite aussi de l’«hygiène naturelle», qui consiste à ne pas protéger les fesses de son nourrisson et à lui faire faire ses besoins sur le pot dès la naissance, séduit de plus en plus de nouveaux parents. Derrière ce mouvement, une idée simple: le bébé émet des signaux quand il doit faire ses besoins, et ses parents peuvent, en y étant attentifs, le placer au-dessus du pot au moment opportun… «S’il s’agit d’une façon de procéder récente chez nous, elle fait partie de la tradition en Chine ainsi que dans certaines parties d’Inde et d’Afrique», rappelle Melinda Rothstein, cofondatrice de DiaperFreeBaby. Cet organisme américain, qui possède un site Web et se compose de groupes locaux, a été fondé par quelques mères de la région de Boston il y a trois ans. Il comprend aujourd’hui 70 groupes dans le monde, dont 50 aux États-Unis (4 000 membres) et 10 au Canada (753 membres), l’un d’eux étant situé au Québec (128 membres).

Retour à la nature
Vous pensez que les couches ont été inventées pour simplifier la vie des parents? Les partisans de l’hygiène naturelle en doutent. Martine Quimper, qui vit en Montérégie, est la mère de quatre enfants. Après avoir utilisé des couches de coton et jetables pour ses trois premiers bébés, elle a adopté la méthode de l’hygiène naturelle avec sa petite dernière, Bianca-Rose, qui a aujourd’hui 19 mois. Sa principale motivation? «La simplicité!» répond-elle sans détour. Sensible à la préservation de l’environnement, elle considère aussi que la technique «sans couches» est moins polluante et favorise une meilleure communication parents-bébé. De surcroît, elle lui fait économiser temps et argent en éliminant des corvées de lessive. Quant à Mme Rothstein, sans être biologiste, elle estime que la consommation démesurée de couches en Occident a fait perdre de vue aux adultes que, d’instinct, le bébé n’aime pas tremper dans ses excréments — raison pour laquelle il annoncerait naturellement ses envies. «Être à l’écoute de ces signaux, c’est respecter davantage l’enfant. C’est plus naturel, plus humain», dit-elle.

Être attentif aux signaux
Comment reconnaître chez son enfant les signes d’une envie d’éliminer? En ôtant sa couche et en le déposant sur une couverture, ou en le maintenant au-dessus d’une couche ouverte quelque temps (dans une pièce à une température confortable, où il n’aura pas froid), explique l’auteure Christine Gross-Loh dans son livre The Diaper Free Baby. Ainsi, il serait facile de voir si le bébé pleure, gémit, arque son dos, pince ses lèvres, s’arrête simplement de bouger ou fait d’autres gestes avant et pendant ses besoins. (Selon l’organisme DiaperFreeBaby, ces signes s’atténuent avec l’âge si les parents en font fi, et au contraire deviennent plus manifestes s’ils s’en préoccupent). Bien sûr, des dégâts sur le plancher sont inévitables, mais selon Melissa Bellemare, également de la Montérégie et maman de quatre enfants, qui a commencé à appliquer cette méthode dès son deuxième bébé, les inconvénients de ces «accidents» sont largement compensés par le fait que la plupart des selles et urines atterrissent directement dans le pot. «De toute manière, si je n’avais pas à nettoyer ces dégâts au sol, il faudrait que je les nettoie dans la couche, le pyjama et sur les fesses!» souligne-t-elle. «Au cours de mon expérience, raconte pour sa part Martine Quimper, je me suis rendu compte que, même très jeunes, les bébés avaient la capacité de se retenir et d’exprimer leurs besoins.» Elle relate que, avant que sa fille ait 9 mois, elle pouvait déjà aller au magasin avec elle sans que la moindre envie se manifeste. Ce n’est qu’en rentrant à la maison que la petite allait sur le pot. Et lorsqu’il le fallait vraiment, sa maman l’emmenait dans les toilettes publiques. Autre avantage: il semble que le bébé «sans couches» devienne autonome plus rapidement à l’égard du petit pot ou de la toilette (souvent vers 18 mois, alors qu’il sait s’asseoir et se relever, descendre son pantalon, etc.). La période d’apprentissage de la propreté — qui se situe ordinairement quelque part entre 2 et 4 ans — peut alors être biffée.

Des parents trop présents ?
Toutefois, la méthode fait aussi grincer quelques dents. D’abord, parce que la plupart des bébés habitués au pot dès la naissance connaissent une régression lorsqu’ils commencent à se déplacer activement à quatre pattes. Affairés à explorer, ils «s’oublient» parfois, ou ne sont pas tentés de faire une pause pour leurs besoins. Ce fut le cas de Bianca-Rose. Mais surtout, parce que même durant les périodes où la méthode fonctionne bien, le processus d’élimination nécessite une attention extrêmement soutenue des parents. C’est pourquoi la pratique du bébé «sans couches» est souvent associée à celle du portage, qui permet d’être plus attentif aux signaux du bébé. Cette dimension est ce qui fait le plus sourciller la pédiatre Danielle Grenier, directrice des affaires médicales à la Société canadienne de pédiatrie. Elle reconnaît que le bébé émet effectivement des signaux avant et durant l’élimination, mais elle craint que le fait qu’on y soit constamment attentif vienne au détriment du reste: l’attention à accorder aux autres enfants, l’importance de se soucier des autres aspects du développement du bébé (éveil à la lecture, stimulation, etc.). Et au sujet du portage, elle y voit le piège de susciter chez l’enfant un attachement excessif à ses parents. Cette opinion fait bondir Emma Kwasnica, de Montréal, mère de trois enfants, qui pratique à la fois le portage et la méthode du bébé «sans couches». «Au contraire, affirme-telle, quand l’attachement s’est bien fait dans les premières années de vie, cela donne aux enfants la confiance nécessaire pour ensuite voler de leurs propres ailes!»

Source: Magazine Enfants Québec, juillet-août 2010

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