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Ces tatouages qui nous démarquent

Crédit : Istockphoto

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Vous songez à vous faire tatouer? Le point sur une mode plus répandue que jamais.

En 1936, le magazine Life estimait à 16 % le nombre d’Américains qui arboraient au moins un tatouage. Soixante ans plus tard, une enquête révèle que 36 % des jeunes Américains dans la tranche des 18-25 ans, et jusqu’à 40 % dans celle des 26-40 ans, ont le corps tatoué *. Réservée jadis aux marins, aux motards et aux marginaux, la mode des tatouages a pris, ces dernières années, une ampleur inattendue. «Presque tous les ados en veulent! constate Céline Boisvert, psychologue clinicienne au Programme de psychiatrie du CHU Sainte-Justine. Marquer son corps est une pratique qui existe depuis des siècles. Dans bien des tribus, c’était et cela demeure une façon d’indiquer son appartenance au groupe. Mais en Occident, c’est devenu un rituel d’individualisation. On porte un tatouage pour se distinguer. C’est comme une signature originale.»

On peut penser à Ève Salvail, cette mannequin dont la carrière a été propulsée lorsqu’elle a décidé de se raser la tête et de se faire tatouer un dragon sur le crâne. Ou à Béatrice Martin, alias Coeur de pirate, dont les tatouages sont aussi connus que les chansons!

«Il y a quatorze ans, quand j’ai commencé à faire des tatouages, raconte Badj, j’avais un dessin qui me couvrait tout le bras, et on me regardait comme si j’étais un extraterrestre! Aujourd’hui, on fait de plus en plus de grandes pièces, des bras, des dos complets.» Dans l’atelier du quartier Rosemont où il pratique son art, Badj voit défiler presque autant de femmes que d’hommes. «Des gens de tous les milieux — étudiants, médecins, avocats, policiers, enquêteurs, dit-il. C’est de moins en moins mal vu d’être tatoué.»

Mythes et réalités
Mais le tatouage est-il sans danger? Selon le Dr Pierre Ricard, un dermatologiste qui a travaillé pendant trente-cinq ans au CHU Sainte-Justine, et qui siège aujourd’hui au conseil d’administration de l’Association des dermatologistes du Québec, les tatouages comportent relativement peu de risques de complications sérieuses. «À condition bien sûr qu’ils soient faits correctement! précise-t-il. Si vous avez affaire à un non-professionnel qui ne respecte pas les règles élémentaires d’hygiène (qui supposent un matériel stérilisé, des aiguilles jetables, des encres de qualité), il y a un risque bien réel d’infection et de maladie transmissible par les aiguilles, comme le sida ou le staphylocoque doré.» Et il ajoute, non sans humour: « Mais quand le tatouage est exécuté dans les règles de l’art, le plus grand risque est sans doute de choisir un dessin qu’on regrettera plus tard!» Certes, on peut recourir au laser pour se débarrasser des tatouages dont on ne veut plus. Mais cette technique n’est pas indolore, et surtout elle n’efface pas tout. «Certaines couleurs, dont le bleu, le jaune et le vert, sont plus difficiles à faire disparaître, explique le médecin. Le laser devra aller plus en profondeur, et l’opération laissera des cicatrices. Les cas de tatouages effacés sans laisser de traces sont l’exception plutôt que la règle.»

D’autre part, il existe bel et bien plusieurs contre-indications médicales aux tatouages. «Ils sont fortement déconseillés aux gens qui font de l’eczéma ou dont la peau s’infecte facilement, précise le Dr Ricard. Même chose pour les personnes atteintes de psoriasis ou qui ont tendance à mal cicatriser (qui font des cicatrices chéloïdes). En fait, la technique est contre-indiquée pour tous ceux qui ont des problèmes de peau. Les risques d’infection sont alors beaucoup plus élevés.»

Légende… médicale
L’idée répandue selon laquelle un tatouage au bas du dos d’une femme pourrait compromettre une future épidurale n’est pas fondée. «C’est une légende médicale. Le risque est purement théorique, et aucun cas de ce genre n’a jamais été répertorié, affirme la Dre Chantal Crochetière, anesthésiologiste au CHU Sainte-Justine. Nous ne pratiquons jamais d’anesthésie régionale sur une peau non désinfectée, ou qui porterait des plaies, des signes d’infection ou d’inflammation. Par ailleurs, les pigments employés par les tatoueurs demeurent dans le derme, à un millimètre de profondeur, ce qui est très superficiel. Il y aurait un risque, hypothétique, que l’aiguille utilisée lors d’une anesthésie entraîne une “carotte” de peau dans l’espace épidural ou le liquide céphalorachidien, selon qu’on pratique une anesthésie péridurale ou rachidienne. Dans le cas de l’anesthésie rachidienne, l’aiguille que nous utilisons est tellement petite que nous devons poser un introducteur, ce qui signifie qu’elle ne touche pas du tout à la peau. Dans le cas de l’épidurale, nous introduisons une aiguille creuse à l’intérieur de laquelle se trouve un stylet. Des pigments de couleur pourraient en théorie être entraînés par le stylet et se rendre jusqu’à l’enveloppe de graisse que constitue l’espace épidural (mais encore une fois, aucun cas n’a jamais été répertorié). Mais même dans ce cas, il n’y aurait sans doute aucune réaction, car aujourd’hui, les pigments utilisés pour les tatouages sont des pigments inertes, c’est-à-dire non réactifs.»

Le bon moment?
À ses 18 ans, Josée Mercier s’est fait tatouer deux ailes d’ange au bas du dos. Si elle a attendu d’être légalement adulte, c’était pour ne pas déplaire à son père. Or, en principe, rien ne l’aurait empêchée de se faire tatouer à 16 ans. En l’absence d’une législation, c’est au bon jugement des tatoueurs que revient la décision. Plusieurs consentent à pratiquer des tatouages à partir de l’âge de 16 ans, à condition que le sujet ait la permission de ses parents. Certains, comme Badj, n’acceptent de toute manière que les clients qui ont atteint la majorité. «À 16 ans, remarque-t-il, on est encore en pleine croissance, le corps change, et les goûts aussi! Même quand mes clients ont 20 ou 21 ans, si je considère que ce qu’ils me demandent n’a aucun sens (tatouages à connotation raciale ou pour afficher une appartenance à un gang, par exemple), je refuse de le faire. C’est une question de morale.»

Badj refuse également de tatouer la peau du visage et des mains («c’est très apparent, les gens ne réalisent pas qu’ils ne pourront pas les dissimuler»), et les femmes enceintes ou qui allaitent. «Un tatouage est quand même un stress qu’on impose au corps, dit-il. C’est relativement douloureux. Certaines femmes sont très tendues pendant l’opération. Et on le sait, le foetus ressent les émotions de la mère. J’aime mieux ne prendre aucune chance.» Aux femmes qui veulent avoir des enfants, il déconseille aussi radicalement les tatouages sur le ventre. «Elles ne savent pas à l’avance si elles auront des vergetures ou encore une césarienne, explique-t-il. Dans les deux cas, le dessin en serait altéré.» Sans compter le fait qu’un petit dauphin tout mignon pourrait bien se transformer en baleine lorsque le ventre aura grossi!

À toi, pour toujours ?
Badj assure qu’il réfléchit pendant «plusieurs années» avant de se faire un nouveau tatouage. «Tous ceux que j’ai actuellement représentent quelque chose — une partie de ma vie, un passage significatif. Je ne choisis jamais un dessin sans raison.» Quant à Josée, qui a aujourd’hui 24 ans, elle jure avoir mûrement réfléchi avant de faire faire les siens et se dit convaincue qu’elle ne les regrettera jamais. «Mon mari et moi nous sommes fait tatouer la date de notre mariage, raconte-t-elle. Même si nous divorçons un jour, cela demeurera une date importante.»

Pour ceux qui ne sont pas aussi confiants, il reste toujours les tatouages éphémères. Et si vous croyez qu’ils sont out, vous pouvez changer d’avis : la compagnie Chanel est tellement sûre du contraire qu’elle vient de lancer Les Trompe-l’oeil, une gamme de décalcomanies vendues par planches de cinq au prix de 75 $. Popeye risque de se retourner dans sa tombe!

*statistiques tirées des sites  www.vanishingtattoo.com et  www.artcyniq.com

Magazine Enfants Québec, juillet-août 2010 

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