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L’équitation thérapeutique

Crédit: Istockphoto

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Inconnue il y a 20 ans, l’équitation thérapeutique a désormais de plus en plus d’adeptes au Québec. Découverte d’une activité qui fait de petits «miracles».

La Présentation, un après-midi de printemps. Sur un cheval nommé Chubby, un petit garçon fait des tours de piste. Il a 3 ans. Il est atteint de paralysie cérébrale. Ses jambes ne l’ont jamais porté. Pas de tonus. Des muscles spastiques. Mais ici, au centre équestre de la Clinique de réadaptation Carolyne Mainville, bien calé sur le dos de Chubby, un grand poney que conduit au pas un manieur, et entouré d’une bénévole ainsi que de son ergothérapeute qui le soutiennent de part et d’autre, le petit garçon «marche». Et quand il croise les regards de ses parents et de sa sœur, venus assister à sa séance d’hippothérapie, son sourire rayonne. Papa arme son appareil photo. Ça cliquète joyeusement. Moment d’émotion… «Je ne crois pas aux grands miracles, chuchote Carolyne Mainville, ergothérapeute, en observant la scène. Mais aux petits, oui. Voir un enfant sourire comme ça, pour moi, c’est réellement un petit miracle.»

L’hippothérapie est l’une des «formes d’activité équestre conçues à l’intention des personnes ayant une déficience», ainsi que la décrit l’Association canadienne d’équitation thérapeutique (ACET). Contrairement aux autres formes d’équitation thérapeutique rééducative, sportive et de loisirs, cette discipline est réservée aux professionnels de la réadaptation — ergothérapeutes, physiothérapeutes et orthophonistes —, qui l’utilisent comme outil de réadaptation dans le cadre de leur pratique professionnelle. Inconnue il y a 20 ans, cette activité est aujourd’hui proposée dans une douzaine de centres certifiés au Québec, qui travaillent principalement avec les enfants.

Équilibre, tonus musculaire et coordination
Carolyne Mainville est l’une des quelque 10 ergothérapeutes et physiothérapeutes (on ne compte pas encore d’orthophoniste au Canada) à avoir reçu leur accréditation de l’American Hippotherapy Association (AHA). Depuis bientôt sept ans, elle offre à sa clientèle, composée en majorité de jeunes enfants, des traitements d’hippothérapie dans son centre équestre de la Présentation. «Le cheval permet d’agir sur plusieurs plans à la fois, explique la jeune femme. Par exemple, les mouvements d’un cheval qui avance au pas induisent dans le bassin de son cavalier les mêmes mouvements engendrés par la marche. Nos patients qui ont des déficiences motrices peuvent travailler, grâce au cheval, le “patron de marche”, mais aussi le contrôle de la tête, du tronc, des épaules.»

«Le seul fait d’être assis sur un cheval qui marche au pas permet de travailler les aspects moteur et neurosensoriel», ajoute Andreia Malisia, ergothérapeute accréditée par l’AHA, qui travaille avec Carolyne Mainville. L’équitation agit sur le tonus musculaire, la coordination et la motricité globale, l’équilibre, la force des membres supérieurs et inférieurs… Les enfants peuvent aussi caresser leur cheval, sentir son odeur, écouter sa respiration et les sons ambiants. Dans le manège, il y a des jeux, du bruit, des intervenants, le chat de l’écurie qui se promène, d’autres enfants qui arrivent. Tous les sens sont sollicités!

Une séance d’hippothérapie se fait en présence du spécialiste (ergothérapeute, physiothérapeute ou orthophoniste), mais aussi d’un ou deux accompagnateurs bénévoles et d’un professionnel équestre, ce qui favorise l’interaction sociale. «C’est la beauté du cheval, dit Andréia Malisia: il permet d’aborder de front plusieurs difficultés, sans que l’enfant se rende compte qu’il travaille…»
Quand Eduard, un petit garçon atteint d’une forme de paralysie cérébrale, est arrivé à l’écurie pour la première fois, il y a deux ans, il était extrêmement intimidé. «Rien que de réussir à lui faire porter sa bombe (le casque protecteur obligatoire) a été toute une histoire, raconte sa mère, Mélanie Autotte. Il était dans sa bulle, ne se laissait approcher par personne. Mais après quelques séances, il s’est laissé amadouer par Carolyne et par le cheval. Au bout d’un an, cet enfant qui, au début, ne tenait sur le cheval qu’en position couchée, assuré par des coussins, pouvait rester assis de manière autonome, bien droit, en soutenant sa tête. Un grand garçon comme tous les autres! Aujourd’hui, on peut même commencer à le faire travailler debout sur les étriers.»

Ça se passe aussi dans la tête
Pour la psychologue Hélène Gadbois, responsable du volet Santé mentale à la FQET, la thérapie assistée par le cheval est aussi un excellent moyen d’apprendre aux enfants qui souffrent de troubles de l’attention ou de troubles envahissants du développement (TED) à être autonomes, à acquérir le sens des responsabilités et à socialiser. Cette activité permet également de développer la capacité des enfants à suivre des consignes, ou à comprendre la notion de relation de cause à effet. Elle aide à réduire l’hyperactivité et les «défenses sensorielles» (qu’on observe chez les enfants qui ne supportent pas d’être touchés ou d’avoir les mains sales, par exemple), et, ultimement, à améliorer la confiance en soi. «Pour un enfant qui a des problèmes de comportement et qui est constamment critiqué, les bienfaits peuvent être phénoménaux, dit Mme Gadbois. À l’écurie, il devient une personne responsable, capable d’accomplir des choses impressionnantes. Imaginez, juste avec son corps, il peut conduire un cheval de 1500 livres! Voilà qui peut véritablement changer la vie d’un enfant asocial.»

La Dre Dominique Cousineau, pédiatre, chef au Centre de développement du CHU Sainte-Justine, côtoie à l’hôpital plusieurs enfants qui pratiquent cette activité. «L’hippothérapie semble avoir des vertus autant sur le plan relationnel que physique, remarque-t-elle. Les chevaux utilisés par les instructeurs sont des animaux tranquilles, solides, ils ont des réactions prévisibles, les enfants se sentent généralement en confiance et sont fascinés par ces grosses bestioles. Des parents d’enfants très agités m’ont dit que ceux-ci devenaient très calmes au contact des chevaux. Les bienfaits étaient, pour eux, évidents.»

S’amuser à travailler
Bien sûr, il est possible d’arriver à des résultats similaires, que ce soit au niveau moteur — par exemple avec des ballons, des équipements suspendus, des coussins… — ou psychologique, en employant d’autres méthodes et instruments. «Ce n’est pas magique, souligne Hélène Gadbois. Tout ce qui s’apprend auprès du cheval peut aussi s’apprendre dans le cabinet d’un spécialiste. Mais avec le cheval, l’hormone du plaisir entre en ligne de compte!» « Dans le cadre de l’écurie, explique Éliane Trempe, présidente de l’ACET et directrice d’un centre d’équitation thérapeutique baptisé Les Amis de Joey, situé à Saint-Louis, en Montérégie, la plupart des enfants n’ont pas du tout l’impression de travailler. En effet, ils peuvent jouer à brosser le cheval ou à enfiler des perles dans sa crinière, par exemple, sans avoir conscience qu’ils sont en train d’exercer leur motricité fine. «Quand Eduard monte à cheval, il ne sait pas, lui, qu’il est en train d’affermir ses abdominaux et sa ceinture pelvienne, témoigne sa maman. Il s’amuse, et sa petite sœur et son petit frère le trouvent bien chanceux!»

À chacun son programme
Aux Amis de Joey, le centre d’équitation thérapeutique fondé par Éliane Trempe en 2001, on offre aux personnes qui ont des besoins spéciaux des services d’hippothérapie, mais aussi d’autres activités d’équitation thérapeutique, rééducative, sportive et de loisir. La clientèle (pour la plupart des enfants) provient de différents milieux. «Certains jeunes nous sont référés par les intervenants de leur école — éducateurs spécialisés, travailleurs sociaux —, dit Éliane Trempe. Ils souffrent de troubles de comportement ou d’apprentissage, et viennent pour travailler la socialisation ou la discipline. D’autres veulent simplement faire de l’équitation, apprendre à monter et à exécuter des figures de manège, mais comme ils présentent également des conditions particulières (une déficience physique ou intellectuelle), ils ont besoin d’une approche personnalisée.» Pour chaque enfant, un plan d’intervention est mis au point en collaboration avec une équipe de professionnels et les parents. «Nous décidons ensemble de ce dont il faudra s’occuper en priorité, entre l’intégration sociale, l’autonomie, la motricité, les habiletés de cavalier, ou autre, poursuit Éliane Trempe. Nous veillons à avoir des objectifs réalistes et à être tous sur la même longueur d’onde. Sans oublier de prendre en compte la motivation de l’enfant. Car si la plupart adorent ces activités, si certains développent même une véritable passion pour le cheval, quelques-uns s’en lassent ou passent à autre chose, ce qui est normal aussi…»

Des chevaux et des grands mots
Équithérapie, thérapie par le cheval, thérapie assistée par le cheval, hippokinésithérapie, hippothérapie… Selon que l’on est en France, aux États-Unis ou au Canada, les termes qui désignent l’utilisation du cheval à des fins thérapeutiques varient, et sont souvent confondus. «L’équitation thérapeutique est le terme qui a fait consensus au Canada, indique Éliane Trempe, présidente de l’Association canadienne d’équitation thérapeutique (ACET) et directrice du programme d’équitation thérapeutique Les Amis de Joey. Sous ce terme générique, nous regroupons les volets hippothérapie et “Cheval et bien-être”». L’hippothérapie est l’utilisation du cheval comme outil stratégique de réadaptation. Elle est strictement réservée aux ergothérapeutes, physiothérapeutes et orthophonistes ayant idéalement reçu une formation/certification de l’American Hippotherapy Association (AHA). Ces professionnels de la santé qui pratiquent l’hippothérapie peuvent émettre des reçus à ceux qui détiennent des assurances privées. Le volet Cheval et bien-être comprend les activités d’équitation rééducative, sportive et de loisirs pour les personnes qui ont des besoins spéciaux en raison d’une déficience ou d’une difficulté d’adaptation. Les instructeurs peuvent être (ou travailler avec) des spécialistes du domaine de la santé mentale — psychologues, psychoéducateurs, psychiatres, techniciens en éducation spécialisée… Ils doivent avoir reçu l’accréditation de l’Association canadienne d’équitation thérapeutique (ACET).

Comment trouver un centre d’équitation thérapeutique?

Les centres accrédités par l’Association canadienne d’équitation thérapeutique (ACET) et membres de la Fédération québécoise d’équitation thérapeutique (FQET) répondent à des exigences très strictes. Pour les parents qui désirent inscrire leur enfant à un programme d’équitation thérapeutique, c’est un gage de qualité et de sécurité. «Les parents devront ensuite s’assurer que le service qui répondra aux besoins de leur enfant est disponible, précise Carolyne Mainville. Tous les intervenants qui travaillent en équitation thérapeutique n’ont pas la même spécialisation.»

Pour trouver les centres membres de l’une ou l’autre association dans votre région, vous pouvez consulter le site Internet de l’ACET www.cantra.ca ou de la FQET www.fqet.org.

Qui peut bénéficier de l’équitation thérapeutique?
Les enfants souffrant de: paralysie cérébrale, retard global de développement, syndromes moteurs et neurologiques, traumatisme crânien, trisomie 21, troubles envahissants du développement (avec atteinte motrice ou sensorielle), troubles envahissants du développement, troubles d’intégration sensorielle, déficience intellectuelle, difficultés d’apprentissage, troubles du comportement, troubles d’apprentissage, déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, troubles de santé mentale, déficit relationnel, handicap visuel, paralysie cérébrale

En discutant avec les professionnels de la santé et l’équipe du centre équestre de votre choix, vous pourrez opter pour l’hippothérapie ou pour l’approche Cheval et bien-être, selon vos objectifs et les besoins de votre enfant.

Les contre-indications
Pour inscrire votre enfant dans un centre accrédité par l’ACET, vous devrez présenter une autorisation médicale attestant qu’il est apte à suivre le programme. Un enfant qui souffre d’une hernie discale avec ou sans compression nerveuse, d’une subluxation grave des hanches, d’épilepsie non contrôlée, d’hémophilie, de troubles sérieux du comportement ou d’allergies, entre autres, ne devrait pas suivre un programme d’équitation thérapeutique.

Source : Enfants Québec, octobre 2009

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