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Autonomie : 5 défis des tout-petits

Crédit : Istockphoto

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Ils ponctuent nos journées de «pas capable, papa» et de «maman, veux le faire tout seul»: il n’y a pas à dire, nos bambins de 2 à 3 ans ont autant besoin de liberté que d’accompagnement !

Par Amélie Daoust-Boisvert

Qu’il s’agisse de les accompagner dans leur habillage, leurs repas, leur apprentissage de la propreté ou leurs dodos, il est souvent difficile de trouver la juste distance. À la recherche de l’équilibre, autant on voudrait les voir grandir plus vite, autant on cultive le bébé en eux ! La psychologue Lorraine Nadeau, la «coach» familiale Nancy Doyon et la coauteure des livres de la série 100 trucs (Éd. de Mortagne), Sophie Rondeau, nous parlent de ces étapes qui permettent aux tout-petits d’acquérir leur indépendance.

1 Maman, je veux… m’habiller !

J’ai besoin d’aide pour… apprendre à demander de l’aide. Des chaussettes trop serrées, des boutons trop difficiles à attacher, une fermeture éclair récalcitrante… ce n’est pas facile de s’habiller tout seul ! Mais entre laisser l’enfant se fâcher sans y arriver et le faire à sa place, il y a un juste milieu : lui apprendre à demander un coup de main quand il en a besoin. Un cadeau pour la vie, puisqu’il comprendra qu’il suffit de s’exprimer pour obtenir la collaboration de son entourage.

Ça, je peux y arriver tout seul : un pull rose avec des pantalons de pyjama et des chaussettes dépareillées… et si ce n’était pas vraiment grave? Laisser l’enfant choisir, c’est déjà lui permettre de faire un pas vers l’autonomie.

Astuce de pro: «Pourquoi pas s’entraîner à l’autonomie la fin de semaine, quand on a le temps ? » propose Nancy Doyon. Les matins de semaine, l’impatience nous guette souvent devant le soudain désir du petit dernier d’enfiler sa salopette « tout seul, bon ». La fin de semaine, c’est bien moins stressant. Et puis, il faudra peutêtre penser à se lever un peu plus tôt durant la semaine!

Truc de parent: informez-vous auprès de l’éducatrice de votre enfant. Elle vous apprendra peut-être que celui-ci est efficace au point d’aider les autres à s’habiller ! C’est l’expérience qu’a faite Mariève, maman d’une fillette de 2 ans. «Je ne savais même pas qu’elle pouvait mettre ses bottes à l’endroit !» dit-elle, pas peu fière. À la garderie, les enfants apprennent rapidement à enfiler seuls leurs vêtements d’hiver, quitte à ce que leur éducatrice s’occupe des derniers détails.

2 Le grand défi des petites culottes

J’ai besoin d’aide pour… planifier ! Au début de l’apprentissage de la propreté, les enfants se retiennent difficilement : s’ils ont envie en auto, c’est tout de suite ! C’est donc aux adultes de prévoir le nécessaire : petit pot, papier de toilette et vêtements de rechange à portée de la main. De lui-même, l’enfant ne pensera pas non plus à aller aux toilettes avant d’enfiler son habit de neige ou avant de se coucher pour la sieste.

Ça, je peux y arriver tout seul : parfois, nous aimerions en finir avec les couches du premier enfant avant la naissance d’un deuxième. Il n’en demeure pas moins que c’est lui qui décidera quand il sera prêt. Et parfois, il peut nous surprendre. Sophie Rondeau rapporte que son aîné a décidé, à 23 mois, en plein mois de février, que pour lui, les couches, c’était fini. « On pensait attendre à l’été… mais non, lui, il en était là ! » dit-elle. En conclusion, notre petit peut avoir besoin de nous et de nos encouragements pour commencer à utiliser son petit pot, mais au bout du compte, c’est de lui seul que sa propreté dépendra.

Astuce de pro: ne pas mettre de pression ne signifie pas que l’on ne peut pas récompenser pour marquer les bons coups, les efforts et la constance de l’enfant. Pour ce faire, on peut imaginer toutes sortes de petits plaisirs : une boîte à trésors donnant droit à un minicadeau quand l’enfant a fait l’effort de choisir les toilettes, ou un petit massage, ou une séance avec son jeu préféré, etc. Nancy Doyon ajoute que « décider » de rendre un enfant propre est une guerre perdue d’avance. « Si l’on insiste trop, on leur fait comprendre que le pot est un instrument de pouvoir », prévient-elle.

Truc de parent: les livres sont un moyen efficace et amusant d’introduire de nouveaux concepts. Par exemple, le petit personnage de Mella (de la créatrice de Caillou, Hélène Desputeaux) raconte ses aventures avec le petit pot dans l’album Culotte à pois (éditions Desputeaux + Aubin). Une histoire simple qui inspirera les bouts de chou… et même leurs parents ! Et comme pour Mella, le fait de pouvoir choisir entre différentes petites culottes colorées pourrait mettre un peu de joie dans le processus.

3 Qu’est-ce qu’on mange?

J’ai besoin d’aide pour… identifier et respecter mes signes de satiété. Comme on s’inquiète pour tous ces repas à peine touchés ! « Un enfant comble souvent 60 % de ses besoins nutritionnels dans la journée. Arrivé au soir, il se peut qu’il n’ait pas très faim », note Nancy Doyon. Elle ajoute ceci : plus le souper est tardif, plus le métabolisme du tout-petit se met en mode sommeil, et plus son appétit risque de disparaître. « Ce qu’il faut valoriser, précise-t-elle, c’est une saine alimentation, diversifiée, mais certainement pas le fait de manger beaucoup ou par obligation. Pour cela, le parent a un grand rôle à jouer.»

Ça, je peux y arriver tout seul : alors que vous gérez la qualité des aliments, l’enfant est capable de gérer sa manière de manger. Il veut manger ses graines de couscous une à une avec ses doigts? Grand bien lui fasse ! «Le repas est un moment agréable en famille, rappelle Nancy Doyon. En limitant le nombre d’interventions, on fait baisser la tension.» Oui, les enfants jouent avec leur nourriture, refusent certains plats plus relevés, font des petits tas de légumes, mangent avec les doigts… «On peut se demander s’il est nécessaire d’intervenir chaque fois, ajoute Mme Doyon. Est-ce que cela risque de se régler tout seul avec l’âge ? Oui ! Est-ce que manger devrait être plaisant? Absolument! »

Astuce de pro : de petites trempettes santé peuvent faire passer bien des brocolis! Les bambins adorent manger avec leurs mains : plonger un légume dans une sauce au yogourt ou au tofu devient un jeu nutritif et amusant. On voit aussi apparaître de plus en plus de recettes de desserts à base de légumes : gâteau à la betterave, brownies à la courgette, etc. Ceux-ci restent des gâteries, et font passer inaperçues fibres et vitamines!

Truc de parent : dès 2 ans, les enfants peuvent nous aider à cuisiner des recettes simples. Muffins santé, crêpes, salade créative qu’ils garnissent à leur guise : goûter à leurs créations culinaires les rend fiers et enthousiastes.

4 Dans mon lit de grand

J’ai besoin d’aide pour… me sentir en sécurité. Alors que la couchette offrait un cocon rassurant au tout-petit, son grand lit peut l’intimider. Plutôt que de « planter » ce dernier en plein centre de la pièce, on peut l’installer dans un coin, y mettre des barrières ou même un ciel de lit. Bref, créer un coin rassurant et confortable propice à la détente.

Ça, je peux y arriver tout seul : « À la maison, les parents s’obligent souvent à tout organiser tout le temps, cachant une peur qu’ils ont parfois eux-mêmes du vide et du noir », observe Lorraine Nadeau. Or, un enfant peut apprendre à aimer la solitude et à se retrouver seul, le soir et dans le noir, à condition qu’on lui en laisse l’occasion. De petites périodes de jeu libre, en solitaire, peuvent l’aider à se familiariser avec ces conditions et à les accueillir favorablement le soir venu.

Astuce de pro : « Et si l’on éteignait les écrans ? » suggère la psychologue Lorraine Nadeau, qui estime qu’on s’interroge trop peu sur l’impact des jeux vidéo introduits très tôt dans l’enfance. Dans sa pratique, elle est amenée à diagnostiquer des troubles anxieux chez les enfants qui se relèvent le soir et transforment l’heure du dodo en cauchemar. « Leur cerveau est “surstimulé” par ces jeux et par les films, et on voudrait qu’ils se relaxent ensuite dans leur lit ! » se récrie-t-elle. Sophie Rondeau et Nancy Doyon appuient ce point de vue et sont d’avis que pour un sommeil calme, après le bain, il faut choisir des activités qui détendent et fermer la télévision.

Truc de parent : « Il n’y a pas de truc miracle, concède Sophie Rondeau. Le simple fait d’avoir une bonne routine stable, de répéter tous les soirs les mêmes gestes à la même heure, indique qu’on se prépare à se coucher. » Et les enfants tiennent à l’histoire, à la comptine, aux bisous et aux câlins… De quoi rendre l’heure du dodo agréable et douillette!

5 Propre de la tête aux pieds

J’ai besoin d’aide pour… nettoyer toutes les parties de mon corps ! En outre, certains enfants détestent plus que d’autres les gestes obligatoires comme le rinçage des cheveux. Ils ont besoin de nous pour apprendre à apprivoiser ces moments — dans ce cas, à fermer les yeux pour éviter les éclaboussures — et finir par en rire.

Ça, je peux y arriver tout seul : étape par étape, nos petits coquins peuvent apprendre à nettoyer eux-mêmes les « grandes » parties de leur corps : ventre, jambes, bras… Il suffit de leur tendre la débarbouillette garnie d’une belle mousse!

Astuce de pro : pour n’oublier aucune partie du corps, on peut chanter une comptine. Ou bien, pour les « visuels », coller près du bain des pictogrammes avec les étapes à suivre, à la manière d’une histoire. Évidemment… il faudra inspecter le résultat ! Quant au brossage des dents, de petits rituels peuvent en favoriser la routine, par exemple : « 5, 4, 3, 2, 1… Tu donnes ta brosse à papa et c’est lui qui termine ! »

Truc de parent : on ne se le cachera pas, un parfait brossage des dents n’est pas facile tous les soirs. « Chez nous, toute la famille s’y adonne ensemble, et les plus petits prennent exemple sur les plus grands ! dit Sophie Rondeau. La grand-mère des enfants leur a offert un sablier pour mesurer le temps du brossage, ils adorent ça! » Une autre maman raconte que prétendre « chatouiller » les dents rend soudain l’opération très attrayante. Une autre encore révèle que la perspective d’obtenir des félicitations du gentil dentiste suscite beaucoup de motivation au sein de sa petite troupe!

Magazine Enfants Québec, Mai-juin 2013

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