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Elle est très possessive avec son père

Notre fillette de 2 ans est très possessive. Dès que son père et moi nous embrassons, elle dit «non» et tente de nous séparer.  

Deux ans, c’est généralement l’âge où les enfants sont très possessifs. Ils le sont envers leurs jouets, leur espace, leurs amis, les adultes, etc. Ils en sont encore à distinguer ce qui leur appartient de ce qui n’est pas « à moi ». Et il n’est pas rare qu’ils disputent l’attention exclusive de leurs parents. Cela dit, la situation que vous décrivez évoque le complexe oedipien — c’est-à-dire le mode de relation où l’enfant, inconsciemment, convoite l’amour du parent du sexe opposé et devient en quelque sorte le rival du parent du même sexe. Le complexe d’OEdipe permet aux enfants de se construire en s’identifiant au parent du même sexe.

Il serait approprié, dans ce cas, que le papa intervienne. Qu’il rappelle à votre fillette que vous êtes son amoureuse. Que, lorsqu’elle sera plus grande, elle aussi pourra choisir quelqu’un qui sera son amoureux. Mais que ce ne sera jamais lui, puisqu’il est son père ! Il pourrait également lui expliquer en termes simples que vous et lui, avant sa naissance, formiez déjà un couple d’amoureux, que vous avez choisi d’être parents et qu’elle est née de votre union. L’idée est qu’elle comprenne que le couple précède la famille. Aujourd’hui, elle est votre enfant à tous les deux, et tous les deux vous l’aimez beaucoup. Si elle ressent le besoin d’avoir un gros câlin ou un bisou, elle peut l’exprimer. Par contre, elle devra parfois patienter un peu. Il ne faut surtout pas que vous vous sépariez chaque fois qu’elle s’interpose. Si vous êtes en train de vous étreindre et qu’elle réagit, son père pourrait lui dire chaleureusement, mais fermement, d’attendre quelques instants. Si elle proteste et crie, vous devrez l’ignorer, tout en vous assurant évidemment qu’elle ne fera rien qui puisse être dangereux !

Après un court moment, vous pourrez lui annoncer que vous êtes prêts à l’écouter. Regardez-la, dites-lui précisément : « Nos yeux sont avec toi, maintenant nous pouvons t’écouter. » Vous lui donnerez ainsi un indice concret, le signe que, lorsque vous la regardez, c’est que vous êtes bien disposés à lui être attentifs. Et vous répondrez à sa demande. Peu à peu, elle apprendra à patienter. Elle finira par comprendre que l’amour que son père vous manifeste ne lui enlève rien et que, de toute façon, cette sorte d’amour entre parents et enfants est interdit.

Sylvie Bourcier, intervenante en petite enfance

Propos recueillis par Marie-Claude Fortin
Magazine Enfants Québec, septembre 2011

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