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Histoire de péridurale

J’accompagne des femmes qui accouchent, à titre de doula, depuis un bon moment déjà.

Chaque histoire est différente. Chaque femme et chaque bébé sont différents. Parfois, c’est un long travail d’endurance. D’autres fois, un sprint aussi intense que brutal. Ou alors, tout ce qu’on peut imaginer entre les deux.

L’automne dernier, j’ai assisté une future maman à l’hôpital. Une jeune femme formidable que j’ai aimée tout de suite. Un parcours de vie difficile, pendant lequel elle avait appris le courage, le lâcher-prise et le prix de la liberté. Comme on dit parfois, Maryse revenait de loin.
Elle est entrée en travail actif dès les premières minutes, calme, déterminée. Son amoureux était fébrile, inquiet, mais calme lui aussi. Concentrée, elle a plongé dans les eaux inconnues et profondes de la Vie. Quand les femmes répondent corps et âme à cet appel puissant, celles qui les assistent les voient se transformer littéralement sous leurs yeux.

Avant le jour J, nous avions évidemment parlé de la douleur de l’accouchement, et Maryse avait annoncé qu’elle prendrait une péridurale «quand ça deviendrait trop dur».

Non pas si ça devenait trop dur. Vous voyez la nuance? Son idée était faite, comme c’est si souvent le cas. Pourquoi endurer quand on peut être soulagée si aisément, n’est-ce pas? D’ailleurs, toutes ses amies avaient accouché sous péridurale. Après cinq heures de travail actif, Maryse a demandé une péridurale, mais, devant nos encouragements, elle a accepté d’attendre encore un peu. Une heure plus tard, son appel est devenu pressant, et l’anesthésiste a procédé. D’abord une dose qui soulage temporairement, environ une heure, le temps qu’on installe le cathéter et en attendant que l’infirmière revienne, plus tard, brancher le bouchon du cathéter au sac de produit anesthésiant. Maryse a donc été soulagée immédiatement. Elle s’est complètement relaxée et reposée. Elle sentait les contractions, mais pratiquement aucune douleur. Cependant, tranquillement, les contractions sont devenues de plus en plus intenses. Maryse me l’a dit, et je l’ai soutenue davantage en la rassurant; son amoureux la touchait et l’encourageait.

Aucun de nous ne doutait du fait qu’elle était capable.

Elle a replongé et est entrée encore une fois dans cette caverne immense où le travail du corps et du cœur est si puissant! Parfois, la péridurale est si parfaitement réalisée que la femme ressent un tout petit peu de douleur. Et c’est parfait parce que la poussée nécessite que la mère sente ce qui se passe et y participe en synergie avec son corps. Mais c’était la première fois que je
voyais une péridurale aussi «légère»! «Imagine, si tu n’avais pas eu de
péridurale!» ai-je glissé à Maryse. Plus tard, celle-ci m’a raconté s’être
dit à ce moment: «OK. Alors si c’est ça, c’est ça… faut y aller… j’y
vais…» Et je l’ai vue plonger dans des profondeurs insoupçonnées
d’elle-même. Complètement abandonnée aux vagues puissantes de la vie qui fait son chemin dans son corps et qui l’ouvre et l’ouvre encore plus grand.

La belle Marilou est née quelques heures plus tard. Et c’est là que nous avons tous découvert que l’infirmière avait oublié de revenir brancher la péridurale.
En réalisant qu’elle avait accouché sans aucune anesthésie, sauf l’heure de répit offerte par l’installation du cathéter, Maryse était rayonnante. Elle avait eu cette force! Wow! Elle avait fait cela.

Elle avait réussi ce qu’elle se croyait incapable de faire. Depuis, elle est l’héroïne de son cercle d’amies.

Mais surtout, depuis qu’elle a puisé dans cette force insoupçonnée d’elle-même, Maryse est plus forte, plus solide.

Je n’ai pas fini de réfléchir à ce qui s’est passé ce jour-là. Mais je constate que cette jeune femme a plongé avec force et courage quand elle a compris et accepté qu’elle devait y aller. Quand il n’y a plus eu d’autre choix, elle y est allée. Et ce qu’elle a découvert, c’est qu’elle en était capable alors qu’elle s’en croyait incapable. Et elle en est ressortie beaucoup plus forte et solide dans
son rôle de mère. Et de femme aussi.

Est-ce que ça ne donne pas à réfléchir sur l’offre de la péridurale?

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