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Cultiver la gratitude

Crédit : Istockphoto

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Je ne crois pas que la gratitude soit innée ni spontanée. 

Elle s’apprend; le plus souvent dans la perte, le chagrin et le manque. Exactement comme il nous faut avoir tâtonné et trébuché dans le noir pour être reconnaissant de la lumière qui éclaire notre chemin.

Je me souviens d’un autre printemps, il y a quelques années. J’avais suivi le fleuve jusqu’à Rivière-du-Loup, respirant les embruns de ces paysages magnifiques, espérant arriver à temps dans ce tout nouveau centre de soins palliatifs qui accueillait mon vieil ami. Mais je suis arrivée trop tard: Denis était parti sans m’attendre, deux heures plus tôt. J’ai refait les 440 kilomètres de retour d’une seule traite. Après quatre heures de larmes et de souvenirs de cette belle et profonde amitié, un calme serein est
monté en moi. Et sous l’ardente lumière d’avril, avalant les paysages qui longent le fleuve argenté et les courbes voluptueuses des champs dans les collines, j’ai ressenti une incroyable gratitude d’être encore en vie pour jouir de l’existence et de toutes ses beautés. Reconnaissante de tout ce que la vie m’avait apporté à ce jour et qu’elle m’offrait encore en cet instant: le soir même, j’allais pouvoir prendre mes enfants dans mes bras et leur dire à quel point je les aimais.

C’est quand on réalise que tout peut disparaître, que la gratitude peut sourdre.

Quand le mur qui soutenait l’illusion des certitudes s’effondre, une porte s’ouvre sur le sentiment de reconnaissance. Avons-nous pris pour acquis ces matins calmes dans les bras de notre amoureux? Avons-nous cru que ces balades en vélo avec les enfants allaient de soi? Et nos trois repas par jour? Et notre demeure confortable?

C’est la nuit où sa maison a brûlé en entier que mon ami Pierre a connu le plus puissant sentiment de gratitude de sa vie. Debout, enroulé dans une couverture devant le brasier qui dévorait la maison qu’il avait construite, avec à l’intérieur sa thèse de doctorat et toutes ses années de travail, il tenait sa fille de 6 ans dans ses bras en pleurant. Bouleversée par les larmes de son père, l’enfant en a essuyé une sur sa joue en disant: «Oh papa! C’est terrible!» Pierre l’a regardée, et l’évidence lui a serré la gorge quand il a murmuré: «Ne t’inquiète pas, ma puce; on a sauvé le plus précieux, et c’est toi.» Il ne faut pas s’étonner si les enfants ne manifestent aucune reconnaissance pour la nourriture qu’on leur donne, la maison qui les abrite ou les vêtements qui les réchauffent, puisqu’ils sont nourris, hébergés et  habillés depuis le premier jour de leur vie. Pour que la gratitude jaillisse, il faut savoir que notre vie pourrait être différente. Savoir qu’elle l’est pour beaucoup d’autres.

Comment s’étonner du manque de reconnaissance des enfants devant les cadeaux qu’on leur offre, s’ils ont toujours eu exactement tous les cadeaux qu’ils demandaient sans même devoir attendre bien longtemps?

Quand mes enfants ont eu un petit ami si gravement malade qu’il a manqué plusieurs mois d’école, ils ont réalisé que la santé pouvait être
perdue. Chaque fois que vos enfants vous entendent remercier la vie d’avoir une place pour dormir au chaud quand il fait – 20°C dehors, ils apprennent que certains n’en ont pas. Quand ils ne reçoivent pas ce qu’ils ont demandé, ils apprennent à apprécier ce qu’ils reçoivent. Toutes ces expériences mises bout à bout finissent par tisser la corde qui nous retient quand nous tombons
de haut. Il ne s’agit pas d’instiller l’angoisse dans le cœur des enfants; il s’agit d’éclairer le monde pour eux.Ce n’est donc pas une bonne idée de les préserver de ces expériences difficiles où se croisent la peur, la perte, le chagrin et la douleur.

Ce soir, au moment de leur dire bonne nuit, racontez à vos enfants une chose qui est arrivée aujourd’hui et pour laquelle vous voulez dire merci. Faites-le demain aussi et le soir suivant. Avant longtemps, ils auront envie de vous en raconter une. Et vous expérimenterez alors à quel point la gratitude  fait du bien au cœur des humains.

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2 commentaires

Omar

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