superbanniere
Abonnement Magazine

Vincent Graton: Homme de paroles

 

Photo: Marie-Josée Legault

Photo: Marie-Josée Legault

À 51 ans, le comédien et animateur profite à fond de sa vie de papa.

Enfant, il voulait devenir professeur d’éducation physique. Plus tard, à l’adolescence, travailleur social ou encore criminologue, «mais certainement pas artiste!» Parce que Vincent Graton avait, avant tout, la fibre sociale. Il se sentait «responsable» de tous et de chacun. Puis un jour, alors qu’il fréquentait le cégep, il y a eu un tournant. «J’ai vu sur un babillard une demande de candidatures pour un stage de théâtre en Ontario francophone, à Penetanguishene… Le but: créer un show sur la réalité franco-ontarienne. Voilà qui comblait mon côté artistique et socialpolitique. J’ai eu un coup de foudre.» L’année suivante, le comédien, né en 1959 à Saint-Laurent, préparait ses auditions pour les écoles de théâtre. «Je répétais avec Gaétan Labrèche, se rappelle-t-il. Et Marc Labrèche me donnait la réplique!» Cela a dû lui porter bonheur, puisqu’il a été accepté au Conservatoire d’art dramatique de Montréal… Et depuis sa sortie, en 1981, il n’a jamais chômé. On l’a vu au théâtre (Des hommes d’honneur; La mort d’un commis voyageur…), au cinéma (La brunante; l’excellent Familia…), mais surtout à la télévision (Chambres en ville; Le parc des Braves; L’héritage; La vie, la vie; et enfin l’auguste Auberge du chien noir, qui entame cet automne sa neuvième saison). Une bénédiction, pour un comédien qui est aussi père de quatre enfants. «Dans nos métiers, dit-il, avoir un travail régulier, des horaires relativement humains, connus d’avance, c’est tellement plus facile à gérer!» Surtout quand on a deux petits à plein temps (Juliette, 6 ans, et Théo, 3 ans et demi), et deux grands une semaine sur deux (Delphine, 18 ans, et Emmanuel, 14 ans). «Avec mes deux gangs, remarque-t-il en riant, ma vie de père, ça va de la Barbie au condom!»

L’aventure de l’adoption
Il y a quatre ans, Vincent Graton et sa compagne, l’animatrice France Beaudoin, s’envolaient pour la Chine, où ils allaient chercher leur petite Juliette. «Quatre mois après notre retour, France tombait enceinte, raconte-t-il. Pendant six ans, nous avions essayé d’avoir un enfant naturel. C’était inespéré!» Le comédien avait connu l’aventure de la garde partagée, il allait vivre celle de l’adoption, puis celle de la famille recomposée. «Autour de l’adoption, il y a beaucoup de romantisme, explique celui qui est devenu l’un des porteparole de l’agence Enfants du monde. On entend souvent dire: “On va aller chercher notre petite princesse, notre poupée chinoise.” Mais la réalité n’est pas si simple. Ces enfants-là ont eu une vie difficile dès le départ. Il faut s’adapter, prendre le temps de construire avec eux un attachement. Et c’est énormément de boulot. À l’Union des artistes, à l’époque, on avait droit à quatre semaines de congé de paternité et maternité pour un enfant adopté. Quatre semaines pour reconstruire, redonner confiance à un enfant, tisser des liens, ce n’était pas suffisant ! France et moi nous sommes battus pour obtenir davantage.» Et ils ont gagné leur cause. Le congé pour les parents adoptants est passé à 17 semaines.

Père un jour…
Pour Vincent Graton, alias Marc Trudeau, le grand patron de l’Auberge du chien noir, avoir des enfants a été déterminant. «Ça m’a confirmé que la liberté, c’est vraiment à l’intérieur de soi, dit-il. Depuis que j’ai des enfants, je voyage moins, mais je voyage dans ma tête, avec eux. J’ai découvert qu’il y avait un espace à l’intérieur de moi. Et qu’on pouvait aussi voyager en prenant des marches, même un café…» En plus, ce papa a découvert une autre façon d’aborder son métier de comédien. «Comme artiste, devenir père m’a amené à oser davantage, souligne-t-il. Mais aussi à me détacher de ce que les autres pouvaient penser de moi. Quand tu as trois, quatre enfants, que tu sais qu’à 16 h tu devras aller en chercher un à la garderie, en déposer un autre au soccer, que tu devras t’occuper des devoirs, du souper, des bains, des lunchs, tu ne passeras pas des heures en répétition à chercher la motivation profonde de ton personnage ! En fait, je crois que la paternité m’a rendu beaucoup plus efficace.»

Orphelin de père
Avec son propre père, aujourd’hui décédé, Vincent Graton a eu une relation privilégiée. «En termes de rapport pèrefils, dit-il, j’ai vraiment vécu l’expérience de l’amour inconditionnel. C’est assez rare. J’avais un père très aimant qui, sans être verbomoteur, savait exprimer ses sentiments. C’était un homme de coeur.» «Après ma séparation, se souvient-il, j’ai vécu des moments difficiles. Un jour, j’ai eu une révélation. Je me suis dit: à partir de maintenant, soigne-toi comme ton père t’a soigné, donne-toi ce dont tu as besoin. Du jour où j’ai compris que je devais devenir mon propre père, les choses se sont mises à aller vraiment mieux.» La vie de papa d’une famille de quatre enfants n’est pas toujours de tout repos, loin s’en faut. «Le plus difficile, dit Vincent Graton, c’est le manque de sommeil, qui t’amène à être impatient. Comme couple, les trois premières années d’un enfant, c’est toute une épreuve! Mais quand je rencontre des gars qui ont un bébé de 6 mois et qui pensent à se séparer, je leur dis: essayez de durer! Après trois ans, il y a vraiment des cadeaux qui nous arrivent.»

QUESTIONNAIRE MEQ
Quand j’étais petit, je voulais devenir: prof d’éducation physique.

Plus tard je serai: mort ! (rires). Sans blague, mon fantasme ultime serait d’être écrivain.

Notre film culte à la maison: tous les films de Disney, en particulier La petite sirène et Peter Pan.

Le défaut que je ne voudrais pas transmettre à mes enfants: mon impatience. J’ai la mèche courte!

Ma recette gagnante avec les enfants: avec mes grands, c’est le pâté chinois. Parfois, j’ajoute de l’aubergine à la viande, et à la purée, du céleri rave. Mais mon secret, c’est que je le gratine. C’est vraiment un succès! Quant à mes petits, ils sont très «poisson».

Quand je veux me détendre, je…: m’entraîne ! Surtout depuis un an, c’est ma survivance. Je vais aussi au cinéma. Le plaisir ultime, c’est d’y aller l’après-midi, quand j’ai quelques heures de libres. J’ai l’impression de faire l’école buissonnière !

Le comédien que j’admire le plus: Anthony Hopkins, sans hésiter.

Enfants Québec, septembre 2010 

 

Commentaires

commentaires

Comments are closed

À lire aussi

Rencontre avec l’auteur et illustrateur Rogé

Récemment installé à Montréal, l’auteur et illustrateur...

Lire la suite →

Et si on prenait des vraies vacances ?

Vous n’avez pas besoin de faire de plan pour être...

Lire la suite →

Fêtes de famille et conflits familiaux

Mariages, anniversaires de naissance, baptêmes… Quand les...

Lire la suite →

Nos blogues

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Pour prévenir l’intimidation… leur modèle, c’est vous!

Que faire pour contrer le phénomène de l’intimidation? On parle souvent des comportements et...

Lire la suite →


Regarder un enfant dans les yeux

Regarder un enfant dans les yeux

Quand on a des enfants, l’heure du souper est particulièrement intense, tout le monde sait ça. On se...

Lire la suite →


Le plus beau jour de ma vie

Le plus beau jour de ma vie

Martin Marier raconte l'accouchement de sa blonde et la naissance de sa fille, le soir où il est...

Lire la suite →