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Benoît Brière: papa hors pair

photo: Marie-Josée Legault

photo: Marie-Josée Legault

Comédien aux talents multiples, Benoît Brière a le mot «famille» tatoué sur le cœur. Portrait d’un papa hors pair.

Adolescent, Benoît Brière était loin d’imaginer qu’il deviendrait l’un des comédiens les plus aimés, les plus choyés du Québec. Il vivait heureux, au sein d’une petite famille tricotée serré, dans le Vieux-Longueuil, tout près de ses oncles, ses tantes, ses grands-parents, sans se douter qu’un jour il serait une vedette, jouerait autant au théâtre qu’à la télévision et qu’au cinéma, remporterait trois prix Gémeaux et un Masque – entre autres honneurs –, incarnerait le grand Olivier Guimond, et serait le fameux Monsieur B., celui qu’on a vu se démultiplier pendant quatorze ans dans des publicités de Bell. Mais ce qu’il savait, ce dont il était certain, c’est qu’il aurait des enfants.

Jeune adulte, Benoît Brière a rencontré sa dulcinée, celle qui allait devenir la femme de sa vie, une violoncelliste qui rêvait, elle aussi, d’avoir des enfants. «Nous en voulions quatre. Deux dits “de notre sang”, fait-il en mimant des guillemets, et deux adoptés. Pourquoi adoptés? Le désir d’être utiles, notamment. Il y a tant d’enfants dans le besoin, en ce monde.»

Mais les choses ne se déroulent jamais comme on les projette. «Nous étions (et sommes toujours) deux pigistes, raconte Benoît Brière. Nous aurions bien aimé planifier les grossesses pour que tout soit synchronisé, que chaque bébé arrive pile entre deux jobs! Mais le timing n’était jamais le bon… Un jour, nous nous sommes dit que rien, au fond, ne nous obligeait à avoir nos enfants naturels en premier. Pourquoi ne pas adopter d’abord? Nous aurions nos deux enfants naturels plus tard.»

C’est ainsi qu’au début de l’année 2002 les futurs parents ont fait une demande d’adoption pour le Viêtnam. «Je me souviens, quand j’ai reçu la première photo de mon aînée, raconte Benoît Brière, ça a été un automatisme dans ma tête: c’était ma fille! Et je vous jure que si, cinq minutes après, on m’avait dit: “Pardon Monsieur Brière, on s’est trompé de dossier, ce n’est pas la vôtre”, je me serais transformé en bête. C’était viscéral. J’étais prêt à aller la chercher à la nage, en pleine guerre civile, s’il l’avait fallu! C’était ma fille.»

Un an plus tard arrivait la deuxième, la cadette, issue du même orphelinat, élevée par la même nounou. Même phénomène viscéral, même bonheur fou. Puis, il y a eu l’adaptation, l’apprivoisement mutuel. Et un jour, cette constatation: «Nous sommes si heureux, comme ça. Nous avons une “cristi” de belle famille. Tout va super bien. L’équilibre est là, c’est sain, serein. Nous travaillons beaucoup, mais nous avons des périodes d’arrêt, du temps de qualité avec nos enfants. Nous sommes capables d’avoir une vie de famille, de remplir nos mandats professionnels à 100%. Pourquoi forcer notre chance?»

Et les parents ont décidé d’arrêter là l’expansion de la famille. Un père, une mère, deux enfants, vivant heureux dans une banlieue de la Rive-Sud, comme dans la famille où Benoît Brière, qui n’avait qu’un frère aîné, avait grandi. Des parents archi occupés, mais qui n’hésitent pas à se libérer pour savourer avec leurs filles des moments privilégiés. «À nous, parents adoptifs, dit Benoît Brière, on recommande fortement de bien fermer le cocon. De tricoter notre petite cellule familiale bien serré. C’est ce que nous avons fait, quand nous avons pris six mois de congé pour aller vivre en France, en famille, il y a quelques années. Et ça a été fabuleux.»

L’année Brière
En 2010, Benoît Brière se démultipliera encore. Du 12 janvier au 6 février, au TNM, il présentera sa mise en scène du Bourgeois gentilhomme, une impressionnante production avec une vingtaine de comédiens sur scène. Il sera également de la télésérie Musée Éden, réalisée par Alain Desrochers et présentée à Radio-Canada. Il incarnera Wilfrid Pelletier dans André Mathieu, le dernier des romantiques, du cinéaste Luc Dionne, et sera du film Oscar et la dame en rose, adapté et réalisé par Éric-Emmanuel Schmitt. Mais, quoi qu’il arrive, la famille, sa famille, restera en tête de liste de ses préoccupations.

«La vie de parents adoptifs n’est pas toujours idyllique, souligne Benoît Brière. Il faut être très bien informé quand on s’embarque dans cette aventure. Certains enfants arrivent avec de graves séquelles physiques ou psychologiques. Et ils ne viennent pas avec un mode d’emploi! Malheureusement, on le constate, il y a encore des parents qui, dans la première année, finissent par remettre leur enfant en adoption. C’est inouï! Ils pensaient s’être acheté la poupée de luxe, mais hélas, ce n’était pas aussi facile qu’ils le pensaient.»

Les filles de Benoît Brière ont aujourd’hui 7 et 8 ans, et elles sont pleines de vie et d’énergie. «Nous avons été très chanceux, reconnaît Benoît Brière. Elles sont en parfaite santé. Mais elles ont, et auront toute leur vie, une blessure. Un manque à gagner. Et même si elles sont merveilleuses, épanouies, il arrive qu’elles aient un petit cafard. Dans ces moments-là, il est absolument hors de question que leur mère et moi fassions comme si ce n’était pas grave. Nous comprenons l’importance de ce qu’elles ressentent. C’est un deuil, qu’elles ont à faire. Et il faut y mettre du temps. Beaucoup de gens pensent qu’adopter est un acte généreux. Mais c’est aussi, ne l’oublions pas, un choix très égoïste! Car, si ça se trouve, nos deux filles, natives du nord du Viêtnam, de la baie d’Halong, auraient pu être très heureuses leur vie entière, pieds nus dans la rizière! Ce que nous leur proposons, en les adoptant, c’est un choix plus vaste. Mais le bonheur n’est jamais garanti. Le bonheur ne s’achète pas, ne se vend pas. Il se cultive.»

Merci au restaurant Tamales, de Saint-Lambert, qui nous a ouvert ses portes le temps de l’entrevue.

Enfants Québec, février-mars 2010

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