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Marie Tifo

Figure de proue du cinéma québécois, femme de théâtre accomplie, Marie Tifo est aussi, dans la vie, une mère et une grand-mère comblée.

À Noël, chaque année, la demeure des Tifo-Curzi se transforme en auberge du bonheur. Cette maison pleine de lumière et de couleurs, plantée au pied du mont Saint-Hilaire, avec sa grande cuisine, ses multiples paliers, escaliers, chambres, accueille non seulement les trois enfants de la famille recomposée que forme le célèbre couple depuis 28 ans, mais aussi leurs petits-enfants, leurs «ex» respectifs (celui de Marie Tifo, et celle de Pierre Curzi), et même les conjoints de ceux-ci. Le soir du réveillon, installé autour de l’immense table, on soupe tôt («on pense avant tout aux petits!»), puis c’est le dépouillement de l’arbre de Noël. Et quand c’est possible («et là, c’est formidable!»), toute la smala dort à la maison, puis déjeune ensemble le lendemain matin. Et c’est la même chose aux anniversaires. Et à toutes les fêtes importantes. «Je sais, les gens nous disent souvent que c’est spécial, dit Marie Tifo. Mais nous, on vit comme ça depuis toujours!»

Depuis toujours, c’est-à-dire depuis l’époque où la comédienne, née à Chicoutimi et diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Québec, rencontrait celui qui allait devenir l’homme de sa vie. Elle avait alors un fils de 5 ans, et lui, une fille et un garçon de 6 et 11 ans. Ils exerçaient le même métier et avaient l’un pour l’autre autant d’amour que d’admiration. Et si leur union ne s’est pas faite sans heurts, les choses se sont passées sans grands drames.

«Quand Pierre et moi avons décidé d’emménager ensemble, raconte Marie Tifo, nous nous aimions. Ce n’était pas quelque chose de négatif ! Je n’ai jamais eu l’impression qu’il fallait surprotéger les enfants parce que nous allions devenir une famille reconstituée. Je ne me suis pas sentie coupable. Et peut-être que, dans un certain sens, cela m’a protégée et a protégé ma famille. Aujourd’hui, je me dis que les enfants n’ont rien perdu. Les autres parents sont encore là, et ils l’ont toujours été. Il n’y a pas eu de réel sentiment de perte.»

Le secret d’un tel exploit? Le respect. «Comme famille recomposée, nous pensions qu’il était primordial de nous respecter les uns les autres, dit la comédienne. Respecter le fait que Pierre et moi étions un couple. Respecter les enfants de l’autre. À la maison, s’il y avait un conflit entre les jeunes, nous refusions de prendre parti chacun pour les nôtres. C’était une loi immuable. Il était très important pour nous de leur montrer que le couple était fort. Et c’est ce qu’on leur a appris et montré: la force inébranlable de l’amour!»

Leçon de vie
Aujourd’hui, Marie Tifo a 59 ans, et sa foi en la vie, sa fougue, sa passion, semblent avoir eu sur elle l’effet d’un élixir de jouvence. «J’ai toujours eu cette espèce d’énergie dévorante, souligne-t-elle, mais à une certaine époque, elle était peut-être un peu… envahissante! C’est sur scène que j’ai réalisé ce que la maternité m’avait apporté. Quand j’ai eu mon garçon, en 1975, je me suis sentie comme apaisée. La maternité m’avait apaisée. Tout d’un coup, mon énergie s’était canalisée, et j’arrivais à tout faire. Être une actrice, une mère, une amoureuse. J’ai arrêté de m’épivarder.»

Mais elle n’a pas chômé, loin de là. Après avoir vu sa carrière au cinéma propulsée par son interprétation inoubliable dans Les bons débarras de Francis Mankiewicz (prix Génie 1981, Hugo d’argent 1980), elle a multiplié les rôles au grand écran (Maria Chapdelaine; Pouvoir intime; Les Fous de Bassan; Séraphin, un homme et son péché…). À la télévision, on l’a vue, entre autres, dans Le Parc des braves, L’Or et le papier, Ces enfants d’ailleurs, Les poupées russes; Les Sœurs Elliot… Au théâtre, elle a joué Ducharme (Ha, ha!; L’hiver de force), Brecht (Mère Courage), Jarry (Ubu roi), Molière (Tartuffe).

Depuis le début de l’automne, elle s’est attelée à un défi de taille. Seule sur scène, elle joue avec conviction le rôle de Marie Guyart ¾ «une femme avec une détermination et un désir de liberté extraordinaires». La pièce Marie de l’Incarnation ou la déraison d’amour, mise en scène par Lorraine Pintal et présentée cet automne au Trident, à Québec, fera une tournée en France avant de revenir Montréal en juin prochain.

Mais si l’épouse de l’artiste devenu député mène une vie trépidante, elle a toujours du temps pour ses petits-enfants, qu’elle adore et qu’elle aime gâter. Pas tant sur le plan matériel, du reste… Comme elle le remarque: «Des cadeaux, de toute façon, les enfants d’aujourd’hui en ont plus qu’ils ne peuvent en désirer. Ils ont 3, 4 ans, et ils ont tout! C’est épouvantable!»

Voilà pourquoi à Noël, chaque année, chez les Tifo-Curzi, on «fait attention». On préfère remettre de gros cadeaux aux parents («du genre qui ne paraît pas sous l’arbre!») et des plus petits aux enfants. «J’aime mieux investir dans des voyages, des spectacles, des cours de ballet, dit Marie Tifo. Je suis vraiment contente de donner aux enfants ce genre de cadeaux-là.»

Et de pouvoir passer du temps avec ses petits. «Par exemple, la famille de mon fils habite tout près de chez nous, et je vais souvent chercher mon Aurélie à la garderie, explique-t-elle (précisant que l’autre petite-fille aura son tour dès qu’elle sera un peu plus grande!). Nous avons notre rituel: nous nous amusons (j’ai des poupées et toutes sortes de jouets à la maison), nous allons nous activer dehors, nous faisons de la bicyclette. Ensuite, c’est la collation, et puis ¾ le bonheur! ¾ notre séance de lecture.» Un moment à passer dans le bureau de la comédienne, où elle a ses livres, et sa chaise berçante de grand-maman raconteuse d’histoires. Que demander de plus? «J’aimerais bien garder ce lien avec mes petits-enfants le plus longtemps possible», nous confie-t-elle. Gageons qu’ils ne se feront pas prier…

Enfants Québec, décembre-janvier 2009

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